Chapitre 9

9 - "Pourquoi écouter l'Eglise ?" - Analyse critique du 9e chapitre de Gounon contre Maria Valtorta

 

Jusqu'ici, René Gounon cherchait principalement à démontrer que l'œuvre de Maria Valtorta ne pouvait pas venir de Dieu en invoquant des contradictions historiques, scientifiques, spirituelles ou doctrinales.

Ici, il quitte presque le terrain de l'analyse de l'œuvre elle-même pour développer un argument ecclésiologique : pourquoi, selon lui, un catholique devrait se ranger au jugement de l'Église.

Résumé du chapitre

Gounon développe trois idées principales.

1. L'obéissance à l'Église

Selon lui :

- l'obéissance est une vertu chrétienne fondamentale ;
- même lorsqu'une révélation privée n'est pas condamnée formellement, il est plus prudent d'adopter l'attitude de l'Église ;
- puisque l'Église refuse toujours de reconnaître Maria Valtorta comme une révélation divine, le fidèle devrait s'abstenir de présenter son œuvre comme inspirée.

Il ne demande pas seulement une obéissance juridique, mais une obéissance « dans l'esprit », par humilité.

2. La confiance dans le discernement de l'Église

Il souligne que :

- les fidèles disposent rarement de tous les éléments du dossier ;
- les évêques et les commissions d'enquête ont accès à des informations que le grand public ignore ;
- il est donc raisonnable de faire davantage confiance à leur jugement qu'à son opinion personnelle.

Selon lui, les partisans des révélations privées oublient souvent cette asymétrie d'information.

3. Une nouvelle étude officielle

Enfin, il reconnaît que le dossier Valtorta souffre aujourd'hui d'une faiblesse :

- la condamnation de 1949-1960 est ancienne ;
- les documents officiels sont peu accessibles ;
- les défenseurs de Maria Valtorta exploitent facilement ces lacunes.

Il demande donc :

- une nouvelle étude complète ;
- publique ;
- argumentée ;
- impossible à contester.

Autrement dit, il souhaite que Rome tranche définitivement.

Ce qui est juste

Il y a plusieurs remarques très pertinentes.

1. L'Église est effectivement compétente pour discerner

Le discernement des révélations privées appartient bien à l'autorité ecclésiastique.
C'est exactement ce que rappellent les documents du Vatican.
Sur ce point, il a raison.

2. L'humilité est indispensable

L'histoire de l'Église montre que :
- beaucoup de personnes sincères se sont trompées ;
- beaucoup d'illusions mystiques ont existé ;
- l'humilité protège contre les emballements.

C'est un principe spirituel classique.

3. Une nouvelle étude serait souhaitable

Cette demande est tout à fait raisonnable.

Aujourd'hui :

- l'œuvre est traduite dans le monde entier ;
- elle touche des millions de lecteurs ;
- de nombreuses études scientifiques sont parues depuis les années 1950.

Un réexamen approfondi serait parfaitement légitime.

Là où son raisonnement devient discutable

C'est surtout ici que les choses se compliquent pour lui.

1. Il présente le jugement de l'Église comme beaucoup plus définitif qu'il ne l'est réellement

C'est probablement la principale faiblesse du chapitre.

En réalité, l'Église n'a jamais dit : « Maria Valtorta n'a pas reçu de révélations. »
Elle n'a jamais employé cette formule.
Elle n'a jamais rendu un jugement de type : constat de "non supernaturalitate"
(c'est-à-dire : origine surnaturelle exclue).
Elle s'est contentée prudemment d'un non constat de supernaturalité, sans réaliser aucun examen supplémentaire approfondi depuis 1948.

Or cette distinction est capitale.

Elle s'est surtout prononcée :
- sur l'opportunité de publier ;
- sur les risques pastoraux ;
- sur certaines difficultés.

Ce n'est pas du tout la même chose.

2. Il confond parfois prudence et condamnation doctrinale

Depuis les années 1990, plusieurs interventions du Vatican vont dans le même sens :
- on déconseille de présenter l'œuvre comme surnaturelle,
- mais on n'interdit pas sa lecture privée.
Cette nuance disparaît presque complètement chez René Gounon.

3. Il ne parle pas des nombreux soutiens ecclésiastiques

Le lecteur de Gounon pourrait croire que toute l'Église a toujours rejeté Maria Valtorta. Ce n'est pas exact.

On pourrait citer :
- Pie XII
- Paul VI
- Jean-Paul II
- Benoît XVI
- François
- le saint padre Pio
- le Père Gabriel Roschini ;
- le Père Gabriele Allegra ;
- Mgr Alfonso Carinci ;
- plusieurs évêques ;
- des théologiens renommés.
- etc.

Il ne les évoque pratiquement jamais, ou seulement pour les relativiser.

4. L'obéissance n'exclut pas la liberté

L'Église distingue clairement :
- les dogmes ;
- les révélations privées.

Aucune révélation privée, même reconnue (comme Lourdes ou Fatima), n'oblige les fidèles à y croire.

Par conséquent, lorsqu'une révélation privée n'est ni reconnue ni condamnée définitivement, un espace de liberté subsiste, à condition :
- de respecter le jugement de l'Église ;
- de ne pas imposer cette révélation aux autres ;
- de ne pas la placer au-dessus de l'Écriture.

Sur ce point, René Gounon tend à réduire davantage cette liberté que ne le fait l'Église elle-même.

Ce qui est intéressant

Il termine en demandant ............. EXACTEMENT ce que demandent aujourd'hui beaucoup de défenseurs de Maria Valtorta : une étude complète, publique et argumentée.

C'est assez paradoxal.

Car si une telle commission était réellement constituée aujourd'hui, elle devrait examiner :
- les milliers de pages ;
- les études historiques modernes ;
- les découvertes archéologiques ;
- les travaux de Jean-François Lavère ;
- les analyses géographiques ;
- les questions théologiques ;
- les objections de René Gounon lui-même.

Autrement dit, le débat serait beaucoup plus approfondi que celui des années 1950.

Bilan

Ce dernier chapitre est peut-être l'un des plus équilibrés du livre. Gounon rappelle utilement deux principes catholiques essentiels :
- l'humilité devant le discernement de l'Église
- et la prudence face aux révélations privées.

En revanche selon lui, le cas de Maria Valtorta serait définitivement réglé par l'Église,

---> alors que ce n'est absolument pas vrai.

Les interventions romaines ont exprimé des réserves et des mises en garde, mais elles n'ont pas prononcé un jugement doctrinal définitif déclarant l'œuvre d'origine non surnaturelle.

En définitive, ce chapitre est davantage un plaidoyer pour une attitude ecclésiale de prudence qu'une démonstration contre Maria Valtorta elle-même.

C'est sans doute le moins polémique du livre, mais il simplifie encore certains aspects de la position réelle de l'Église.

 

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