1 - "Des points qui interrogent" : analyse critique du 1er chapitre de René Gounon contre Maria Valtorta.
Ce premier chapitre est très révélateur de la méthode suivie par René Gounon dans tout son ouvrage.
Comme pour l'introduction, nous en ferons un résumé fidèle, en proposant une analyse critique de ses arguments.
Résumé critique
Le premier chapitre ne cherche pas encore à démontrer que Maria Valtorta s'est trompée sur des faits précis. Il présente plutôt une série de questions préliminaires qui, selon l'auteur, devraient déjà susciter le doute.
Il développe essentiellement six arguments.
1. Pourquoi un nouvel Évangile ?
Selon René Gounon, la première difficulté est la suivante :
Les quatre Évangiles canoniques ont suffi pendant vingt siècles à nourrir la foi de milliards de chrétiens et de milliers de saints.
Il demande donc :
"Pourquoi Dieu aurait-il attendu deux mille ans pour donner une nouvelle Vie de Jésus ?"
---> Or Dieu n'a pas attendu si longtemps :
- Sainte Brigitte de Suède (lien) avait déjà reçu au XIVe siècle des révélations privées à ce sujet, avant elle sainte Elisabeth de Schönau (lien) au XIIe sciècle, dès le 1er siècle, le Protévangile apocryphe de Jacques (lien) rapportait déjà quelques éléments intéressants sur la vie de la sainte Vierge (notamment son éducation au Temple dès son plus jeune âge), certes enjolivés à la manière peu vraisemblable de l'époque, mais plus tard authentifiés par de nombreux Pères de l'Église (lien) - dont saint Grégoire de Nysse IVe s., saint Jean Damascène VIe s., saint Maxime le Confesseur VIIe s., saint André de Crète VIIIe s., etc. - qui les dégagèrent des fioritures légendaires.
"Pourquoi les générations précédentes auraient-elles été privées d'une œuvre présentée aujourd'hui comme capitale ?"
Qu'elle soit présentée comme "capitale" est tout simplement faux, ou purement interprétatif : dire qu'il soit dommage de passer à côté, ou bien que ce soit un excellent outil d'évangélisation, n'est pas du tout la même chose que de déclarer cette oeuvre comme "capitale", c'est-à-dire egale aux quatre Évangiles canoniques.
"Pourquoi un texte vingt-cinq fois plus long que les Évangiles serait-il désormais nécessaire ?"
Il considère cette question comme un premier motif de perplexité.
---> Mais c'est en réalité l'erreur majeure commise par Gounon, qui va orienter tout son "livre" :
présupposer que l'oeuvre de Maria Valtorta serait un nouvel Evangile, et plus encore : meilleur que les quatre premiers !
---> Gounon est incapable de faire la différence entre un Evangile et une révélation privée.
2. Le volume considérable de l'œuvre
Le deuxième argument concerne les dimensions de l'œuvre.
Les Évangiles tiennent dans quelques centaines de pages.
À l'inverse, Maria Valtorta écrit plus de 5 000 pages réparties en dix volumes.
Pour Gounon, cela pose plusieurs difficultés :
- lecture très longue ;
- coût élevé ;
- diffusion moins facile ;
- impossibilité de transporter facilement l'œuvre.
Il oppose la concision des Évangiles à l'abondance de Valtorta, et ne fait ainsi qu'approfondir son erreur, en jugeant l'oeuvre comme si elle devait constituer un nouvel Evangile canonique incontournable, ce qu'elle n'est pas.
---> Si elle l'était : effectivement, son volume poserait problème,
---> mais vu quelle ne l'est pas en dépit de ce que pourrait laisser penser son titre qui n'est pas celui voulu à l'origine par le Christ, alors ni son volume ni son coût ne pose le moindre problème ( cf plus bas ).
3. L'origine possible des visions
L'auteur rappelle un principe classique de la théologie spirituelle :
tout phénomène surnaturel ne vient pas nécessairement de Dieu.
Il cite notamment :
- Jésus (Mt 24,24)
- le bienheureux Marie-Eugène de l'Enfant-Jésus
pour rappeler que le démon peut produire des visions extraordinaires.
---> Il reproche aux défenseurs de Maria Valtorta de ne jamais examiner sérieusement cette possibilité.
Selon lui, ils concluent trop rapidement à une origine divine.
---> Cependant, il est tout de même plus que bizarre de penser que le Démon, mis en fuite par l'Evangile comme nous devant la peste, ait pu se mettre en une telle peine d'organiser la diffusion mondiale d'une oeuvre contenant le pur message évangélique, développé dans toute sa profondeur, et portant de tels fruits de conversions durables et authentiques...
---> C'est d'autant plus bizarre qu'entre le Démon et la très sainte Vierge, il y a un irrémédiable antagonisme : c'est soit l'un, soit l'autre.
Or cette Dernière est tellement présente dans cette oeuvre qui lui donne la seconde place après le Christ, aussi humble qu'elle soit, qu'on ne peut logiquement pas attribuer l'inspiration de tout cela à l'Archange déchu.
4. Le désordre des manuscrits
Il souligne que les cahiers originaux sont extrêmement mêlés.
Les visions :
- ne suivent pas l'ordre chronologique ;
- différents ouvrages sont entremêlés ;
- les éditeurs ont dû reconstituer toute l'œuvre.
- Il s'appuie même sur René Laurentin, qui parle d'une œuvre "complexe et déconcertante".
Pour Gounon, ce désordre est difficilement compatible avec un Dieu qui est principe d'ordre.
Ici, Gounon se fait le héros d'un Dieu dont il méconnaît la Parole : l'ordre n'est certainement pas toujours un signe divin.
Il n'y a qu'à citer l'Evangile :
- "Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer, et il ne trouve pas. Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve inoccupée, balayée et bien rangée. Alors il s’en va, il prend avec lui sept autres esprits, encore plus mauvais que lui ; ils y entrent et s’y installent. Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début. Voilà ce qui arrivera à cette génération mauvaise. » (Mat 12, 43-45)
- Le semeur sème à tout va, dans toutes sortes d'endroits différents, apparemment sans ordre (Mc 4, 3-9).
- Avec Jésus, la spontanéité prend souvent le pas sur le protocole, comme lorsqu'Il accueille auprès de Lui les petits enfants, alors que les apôtres voulaient empêcher ce remue-ménage, pourtant bien innocent (Mc 10,14).
- Jésus crée bien souvent de véritables cohues sans ordre autour de Lui, en attirant les foules (Marc 1,45 ; Marc 2,4 ; Marc 3,20 ; Marc 4,1 ; Marc 5,24 ; Marc 6,33 ; Marc 6,44 ; Marc 8,9 ; Marc 10,46 ; Luc 12,1 ; Matthieu 21,9)
- Marie Madeleine, brisant son vase de parfum précieux pour en oindre le CHrist, accomplit un geste qui semble désordonné à l'assemblée pharisaïque, mais qui est loué par son Maître ( Marc 14,3 ).
- Même la Pentecôte donne lieu à une scène qui semble chaotique, si bien que les gens pensaient que les apôtres étaient ivres (Ac 2,13).
---> Ici, loin d'être un motif de douter de l'inspiration divine, le désordre apparent avec lequel les visions et les dictées furent données à Maria Valtorta suscitent nécessairement un véritable émerveillement : remises en ordre, leurs dépendances extrêmement complexes entre passages consécutifs et leur cohérence parfaite tout au long de l'oeuvre devient la preuve absolue que Maria Valtorta ne pouvait pas avoir imaginé cela d'elle-même.
---> En fait : la réflexion de Gounon est aussi pertinente que de dire :
"Un puzzle ne peut qu'être un jeu satanique, car au départ, les pièces du puzzle sont dans le désordre".
Oui, mais justement ! Un puzzle est fait pour être réalisé ! Enfin : ..... BREF !
Dieu ne règne pas non plus grâce au désordre ! Ce n'est nullement le propos ici d'affirmer une telle stupidité : il n'y a qu'à voir quel soin les moines et moniales ont de l'ordre pour s'en convaincre.
---> Mais par exemple : le magnifique "désordre" naturel qui règne dans une forêt primaire ou dans les fonds océaniques est en réalité le reflet de l'ordre souverain de la Providence.
5. Le style littéraire des dictées
C'est probablement la partie la plus développée du chapitre.
L'auteur estime que les paroles attribuées :
- à Jésus,
- au Père,
- au Saint-Esprit,
- à Marie,
- aux saints,
- à l'ange Azarias
ont toutes le même style.
Il observe notamment :
- de très longues phrases ;
- de nombreuses répétitions ;
- un vocabulaire semblable ;
- les mêmes procédés rhétoriques.
Il suggère qu'il pourrait s'agir du style propre de Maria Valtorta.
Il compare cela :
- à la sobriété des Évangiles,
- à Lourdes,
- aux autres révélations reconnues.
Selon lui, un véritable langage divin serait beaucoup plus simple et plus dense.
Mais justement :
- Aucun évangéliste n'a écrit son évangile en suivant Jésus la calame et le parchemin à la main, en écrivant : "Je vois ceci et cela, j'entends ceci et cela" ---> Le style des Evangiles est celui d'un témoignage sobre et théologique allant à l'essentiel, et n'est en rien comparable à celui des visions reçues par Maria Valtorta, qui décrivait pas à pas ce qu'elle voyait et entendait.
- L'exemple de Lourdes est quant à lui fort intéressant : Gounon ne doit avoir jamais lu le livre "Récit authentiques des apparitions" écrit par l'abbé René Laurentin à l'occasion des 100 ans des apparitions de Lourdes, à partir des témoignages directs, faisant la synthèse d'une multitude de sources ( Bernadette les ignorait, et se contentait personnellement d'un récit très simplifié ).
---> Ce livre, par le développement extraordinaire qu'il fait des événements quasi minute par minute, est d'un style assez comparable à celui de "l'Evangile tel qu'il m'a été révélé", avec la marque propre de l'abbé Laurentin.
- D'autre part : il est assez frappant de constater la différence de style très nette entre :
- les passages de l'oeuvre écrits par Maria Valtorta (les descriptions, les commentaires personnels et son autobiographie)
- et ceux des dictées, des dialogues entre les personnages ou des sermons de Jésus, que Maria Valtorta a juste retranscrits tels quels.
- La variété de style produit ce que très peu d'oeuvre savent produire : une absence totale d'ennui, chaque personnage ayant une manière de parler propre à sa psychologie particulière, et on est tellement intéressé de pouvoir faire mieux connaissance avec chacun, au cours d'une action d'une infinie variété !
- La qualité exceptionnel du style, particulièrement celui des sermons et dictées du Christ, de sa Mère et autres Personnes célestes, produit également ce que très peu d'autres oeuvres produisent : une paisible accroche, un accroissement d'attention pour si possible ne rien en perdre.
---> L'avis de Gounon est d'une très banale subjectivité. Mais c'est vrai que nul ne peut prétendre le réjouir contre son gré : "J'ai joué de la flute, et vous n'avez pas dansé, j'ai joué des airs tristes et vous n'avez pas pleuré." (Luc 7 31-35)
6. Le prétendu soutien de Pie XII
Cette dernière partie est presque un chapitre historique à elle seule.
René Gounon conteste l'idée souvent avancée par les défenseurs de Maria Valtorta selon laquelle Pie XII aurait approuvé l'œuvre.
Il rappelle :
- l'audience de 1948 ;
- la fameuse phrase :
« Publiez l'œuvre telle quelle. Ceux qui liront comprendront. »
Mais il soutient que :
- Pie XII n'a jamais lu l'ensemble de l'œuvre :
alors que ce fut pourtant attesté par Mgr Francesco Norese, archiviste de la Secrétairerie d’État, qui surveilla l'avancée du marque page sur la table de chevet du pape, et que l'audience ne fut organisée qu'après la fin de la lecture.
C'était d'ailleurs largement à la portée d'un homme de lettre comme Pie XII de lire 25 pages par jours pendant 1 an.
- aucune autorisation écrite n'existe :
en cela, Gounon n'invente rien, mais oublie simplement de dire que Mgr Carinci - confident du pape - donna la confirmation écrite à Mgr Luigi Novarese (déclaré bienheureux) de son avis positif, et que celui de Pie XII ouvrait la porte à l'obtention d'un imprimatur, qui aurait été une preuve écrite de la conformité de l'oeuvre.
- aucun imprimatur n'a été accordé :
Gounon omet avec soin de préciser que de 1948 à 1956, trois évêques successifs, Mgr Costantino Barneschi en poste en Afrique du sud, Mgr Michele Fontevecchia évêque d’Aquino-Sora (Latium), puis son successeur Mgr Biagio Musto,
voulurent tous les trois accorder cette imprimatur de la façon la plus légale qui soit :
et ils en furent tous trois empêchés d'une manière on ne peut plus illégale, contraire aux usages catholiques : on leur arracha l'oeuvre des mains. ("Lettere a Carinci" {it}, lettre du 24 août 1950 ; "Une vita con Maria Valtorta, testimonianze di Marta Diciotti" {it}, page 388. )
En 1952, devant l’impasse que constituait l’opposition larvée du Saint-Office, une supplique est préparée pour le saint Père. Signée de Mgr Alfonso Carinci (1862-1963), elle rassemble une dizaine d’attestations de personnalités favorables à l’œuvre de Maria Valtorta et demande la désignation d’une personne en charge de l’imprimatur.
C’est à ce recours que fait allusion l’Osservatore romano du 6 janvier 1960 quand il écrit :
"Malgré les personnalités illustres (dont l'incontestable bonne foi a été surprise) qui ont apporté leur appui à la publication..."
---> Ces personnalités n’ont rien des naïfs que suppose cet article.
Outre l’attestation de Mgr Carinci, on trouve celle :
- du Père Augustin Bea (1881-1968), alors recteur de l’Institut biblique pontifical et confesseur de Pie XII.
- de Mgr Ugo Emilio Lattanzzi, recteur de l’université pontificale du Latran[18].
- de Mgr Maurizio Raffa (1906-1957), directeur du Centre international de comparaison et de synthèse, retenu ultérieurement comme juste parmi les nations par le Yad Vashem ;
- de Maître Camillo Corsanego (1891-1963), doyen des conseillers consistoriaux chargés de plaider les causes de béatification ou de canonisation.
- etc.
Cette supplique ne fut jamais remise au Saint-Père mais atterrit … au Saint-Office.
Ensuite, en 1956, l’échéance de la publication approchant, le P. Berti tente d’obtenir un imprimatur ou, pour le moins, une lettre de soutien.
Le 6 mars il reçoit la réponse du cardinal Giuseppe Siri (1906-1989), archevêque de Gênes. Celui-ci a eu «une impression excellente» à la lecture des extraits, mais il décline l’offre de prendre en charge l’imprimatur, d’autant, dit-il, que la Saint-Office ayant pris l’affaire en main, il serait «périlleux (pericoloso)» de le faire.
---> Ainsi la tenaille fonctionnait : d’un côté on contestait l’imprimatur déjà accordé, et de l’autre on faisait pression pour éviter qu’un autre le soit.
- Gounon affirme que le Saint-Office a ensuite interdit la publication :
Mais c'est faux.
Malgré l'artificiel défaut d'imprimatur monté de toute pièce par l'hostilité du Saint Office, et malgré que l'oeuvre fut progressivement publiée à partir de juin 1956 sous le nom "Poema dell'Uomo-Dio", la publication ne provoqua aucune réaction de la part du Saint-Office qui ne l'avait pas interdit, de même le second puis le troisième volume. Et pour cause, Pie XII était encore vivant.
- Gounon prétend que Pie XII n'a jamais annulé cette décision.
---> Quelle ironie ! Cette "décision" n'avait pas encore pu être prise par le S.O. muselé par Pie XII. Gounon invente ici ce qu'il veut.
Et c'est précisément à la mort de Pie XII le principal défenseur de l'oeuvre en 1958, que le Saint Office eut - enfin ! - les mains libres pour nuire à l'oeuvre en la mettant à l'index, sans pouvoir cependant la dénoncer sur le plan doctrinal, car ils n'y avaient trouvé aucune erreur notable.
- Gounon conclut que l'image d'un pape enthousiaste est largement reconstruite par les défenseurs de Maria Valtorta :
---> mais c'est tellement interprétatif et capillotracté, les signes du contraire sont tellement nombreux et bien documentés, que cela prête à rire.
Que penser de ce chapitre ?
Son argumentation se révèle assez fragile
Ses arguments reposent davantage sur une impression que sur une démonstration.
1. « Pourquoi un nouvel Évangile ? »
C'est davantage une objection théologique qu'un argument décisif.
En effet :
- Maria Valtorta n'a jamais prétendu écrire un cinquième Évangile canonique.
Elle écrit au contraire (et Jésus le lui fait dire à plusieurs reprises) que son œuvre n'ajoute rien au dépôt de la foi, mais développe ce qui est déjà contenu dans les Évangiles. Ce n'est pas la même chose que remplacer les Évangiles.
- Un Evangile est voulu par Dieu non comme une révélation privée dont certains pourraient contester avec légitimité l'origine divine tout comme les apparitions de Lourdes, mais comme un document historique "classique", c'est-à-dire provenant de témoins directs de la même époque que les faits rapportés, et donc susceptible de pouvoir être accueilli universellement sans difficulté.
En aucun cas, Maria Valtorta n'est un témoin historique de la Vie du Christ, mais une personne ayant bénéficié de visions : ses écrits ne peuvent donc pas constituer un nouvel Evangile canonique.
- Un Evangile canonique est inspiré par l'Esprit-Saint comme un outil liturgique, c'est-à-dire compendieux, résumé, allant à l'essence même de la foi pour mieux la transmettre simplement.
---> Mais pour approfondir chez soi cet enseignement fondamental : si l'Esprit Saint décide d'ouvrir certains scellés, et de révéler plus de détails sur la Vie de notre Sauveur, de sa Mère, des apôtres etc., aucune loi ne le Lui interdit. Cela ne rajoute rien au dépôt de la foi : aucun dogme, aucune nouveauté, seul un enseignement méditatif très fructueux pour l'âme désireuse de mieux connaître le Christ dans son Humanité et sa Divinité.
---> Cela n'en fait pas plus un autre Evangile, que les écrits des saints n'en sont eux-mêmes d'autres.
2. Le volume
Le raisonnement est assez faible.
Dieu n'est pas tenu d'utiliser toujours la même longueur.
Par exemple :
- la Bible entière est beaucoup plus volumineuse que les Évangiles ;
- les œuvres de saint Thomas d'Aquin représentent des dizaines de milliers de pages ;
- celles de sainte Catherine de Sienne ou de sainte Brigitte sont également immenses.
Le volume n'est donc pas, en lui-même, un critère théologique.
3 - Le désordre
L'argument est discutable.
- L'Écriture elle-même n'a pas été rédigée dans l'ordre chronologique.
- Les prophètes non plus.
- De nombreuses mystiques ont reçu leurs révélations de façon fragmentaire.
Le travail éditorial n'est donc pas nécessairement un indice négatif.
4. Le style
C'est probablement son argument le plus intéressant.
Il est vrai que certains lecteurs remarquent :
- une forte unité de style ;
- des répétitions ;
- une syntaxe très reconnaissable.
Mais cela ne suffit pas forcément à conclure.
---> La théologie catholique enseigne justement que Dieu passe par la personnalité du voyant.
Les écrits de :
- sainte Catherine de Sienne,
- sainte Faustine,
- Anne-Catherine Emmerich,
portent eux aussi très nettement la marque de leur auteur humain.
Autrement dit, une unité de style ne prouve pas une origine purement humaine.
Elle est même attendue.
5. Pie XII
Ici, Gounon soulève des points sérieux.
Il rappelle utilement que :
- il n'existe pas de document officiel de Pie XII approuvant l'œuvre ;
- le fameux « imprimatur verbal » est une expression postérieure ;
En revanche, il propose ensuite un scénario historique (« voilà ce qui a dû se passer ») qui reste une reconstruction non démontrée, et qui résiste peu aux faits nombreux et documentés allant dans le sens exactement contraire de sa thèse.
---> Gounon nous livre son interprétation des faits, c'est son droit, mais c'est très faible et non documenté, contrairement à la thèse valtortiste.
Appréciation d'ensemble
Ce premier chapitre est essentiellement un chapitre de mise en condition.
Il ne cherche pas encore à démontrer que Maria Valtorta s'est trompée.
Il cherche surtout à installer un climat de doute en accumulant des interrogations :
- pourquoi ?
- comment ?
- est-ce crédible ?
- est-ce cohérent ?
Certaines de ces questions sont pertinentes et méritent d'être posées.
En revanche, plusieurs des arguments avancés ne sont pas, à eux seuls, des preuves contre l'origine surnaturelle de l'œuvre. Ils invitent au discernement, mais ne permettent pas encore de conclure, et montrent très vite leur limite.
Les arguments fondés sur le volume de l'œuvre, le désordre des cahiers ou la longueur des dictées sont subjectifs et ne constituent pas, en eux-mêmes, des critères décisifs de discernement selon la tradition catholique.
Le véritable enjeu se situera dans les chapitres suivants, lorsqu'il examinera des affirmations concrètes de Maria Valtorta et les confrontera à l'Écriture, à la théologie ou à l'histoire.
---> C'est là que la solidité de sa démonstration pourra éventuellement être réévaluée à la hausse. Cependant, nous verrons que cela ne sera pas le cas.
François Michel Debroise à propos de ce 1er chapitre :
Pour être opposable à l’œuvre de Maria Valtorta une critique doit se référer au Magistère catholique. Or vouloir ne retreindre le champ d’analyse qu’aux seuls Evangiles est une vue plus protestante que catholique (sola scriptura). L’Assomption, reconnue sur le tard, n’est pas dans les Evangiles mais dans les traditions. Le voile de Véronique, honoré dans les chemins de Croix, n’est aucunement mentionné dans les Evangiles. Des paroles mêmes de Jésus ne sont rapportées qu’ultérieurement, en dehors des Evangiles, comme le note st Paul (agrapha). Etc.
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Vouloir dire que l’Esprit-Saint, auteur et commentateur de l’Evangile, doit faire ceci ou cela, comme ci ou comme çà, et s’en ériger l'arbitre, ne correspond pas à la théologie catholique et décentre gravement les rôles : le croyant est ouvert aux motions de l’Esprit et non l’Esprit assujetti aux normes humaines. Cette déviance « moderniste » a été dénoncée par Paul V dans son homélie du 29 juin 1972. Il attribuait cette tendance ravageuse à l’action de Satan.
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Vouloir faire de l’œuvre inspirée de Maria Valtorta une alternative critique de l’Evangile canonique, mieux : vouloir faire croire qu’elle voudrait le supplanter, est la contredire complètement. Jésus, dans l’œuvre, annonce la couleur : "L’ouvrage livré aux hommes par l’intermédiaire [de Maria Valtorta] n’est pas un livre canonique. Néanmoins, c’est un livre inspiré que je vous accorde pour vous aider à comprendre certains passages des livres canoniques, et en particulier ce que fut mon temps de Maître, enfin pour que vous me connaissiez, moi qui suis la Parole, par mes paroles." (Dictée du 28 janvier 1947, extraite des "Cahiers de 1945 à 1950".
C’est pourquoi L’archevêque de Lucques (Toscane), autorité référente officielle pour la cause de Maria Valtorta qualifie l’œuvre « d’exégèse narrative » et l’attribue à l’action de l’Esprit-Saint. C’est en effet le rôle (privé) de l’exégèse d’aller à la rencontre de l’authenticité de la Révélation publique. Maria Valtorta l’exerce non par des exposés chargés, mais par la simplicité des scènes qu'elle décrit, d'où son succès ininterrompu depuis 70 ans.
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Vouloir enfermer le débat dans un dilemme Dieu ou Satan est réducteur et manichéen. Si l’Esprit-Saint inspire nos prières ou si nous proclamons dans le cantique de la Création que Dieu est présent en toute création, il est hors de propos de revenir à des conceptions moyenâgeuses et obscurantistes du jugement. Le Pape François encourageant, et par écrit, la diffusion de l'oeuvre de Maria Valtorta n'est aucunement un suppôt de Satan.
La question n'est pas de savoir si l'oeuvre de Maria Valtorta vient de Dieu ou pas, mais de savoir comment il y est. Mgr Pierre Cauchon brûlant Jeanne d'Arc appartient à un autre temps.
L’archevêque de Lucques, dans les 5 interventions sur Maria Valtorta, se réfère aux œuvres picturales, musicales, architecturales … qui chantent la Gloire de Dieu. L’Esprit-Saint ne tient pas le pinceau, mais il inspire celui qui s’en sert. « L’Histoire d’une âme » de Thérèse de Lisieux n’est pas écrite par Dieu, mais celui qui ne verrait pas l’Esprit-Saint dans toutes les lignes qu'il lit, serait spirituellement aveugle.
Qui cherche, dans le discernement, ce qui est bon pour le garder, obéit à l'Eglise et à l'Ecriture. Celui qui n'ausculte que pour condamner s'arroge un droit qui n'appartient qu'à Dieu seul.
