
Analyse critique :
la conclusion du "livre" de Gounon
Cette conclusion est en réalité la synthèse de toute la démonstration de René Gounon.
Elle ne développe plus vraiment de nouveaux arguments ; elle rassemble ceux des chapitres précédents pour aboutir à une conclusion unique :
---> L'œuvre de Maria Valtorta ne peut pas venir de Dieu.
Résumé de la conclusion
René Gounon résume sa thèse en plusieurs points.
1. L'œuvre est bien un « autre évangile »
Selon lui, malgré les dénégations de certains défenseurs, l'œuvre de Maria Valtorta est bien un véritable évangile :
- elle raconte toute la vie publique de Jésus ;
- elle contient ses discours ;
- elle rapporte des épisodes inconnus des évangiles canoniques ;
- elle modifie parfois le sens de certains épisodes.
Il estime donc qu'elle concurrence de fait les quatre Évangiles.
2. Elle contredit les Évangiles et l'enseignement de l'Église
Pour Gounon, plusieurs différences sont incompatibles avec une origine divine :
- la doctrine du péché originel ;
- certains jugements attribués à Jésus ;
- certains messages attribués au Père éternel ;
- la présentation des évangélistes comme ayant volontairement omis ou déformé certains faits.
Il considère que ces divergences suffisent à écarter toute origine céleste.
3. Les phénomènes extraordinaires ne prouvent rien
Il reconnaît que beaucoup d'aspects de l'œuvre paraissent étonnants :
- précision géographique ;
- détails historiques ;
- connaissances archéologiques.
Mais il estime que ces éléments ne prouvent absolument pas une origine divine.
Selon lui, ils pourraient relever :
- de phénomènes psychiques ;
- de la parapsychologie ;
- d'une influence préternaturelle ;
- voire d'une action démoniaque.
4. Les fruits seraient mauvais
Il reprend son argument du chapitre précédent :
- division entre catholiques ;
- méfiance envers l'Église ;
- relativisation des Évangiles ;
- fascination pour Maria Valtorta au détriment de la Bible.
Pour lui, ces fruits sont incompatibles avec une œuvre venant de Dieu.
5. Conclusion définitive
Il termine en affirmant :
« Une seule chose paraît certaine : ce nouvel Évangile ne vient pas de Dieu. »
Il souhaite ainsi mettre le lecteur en garde contre ce qu'il considère comme une illusion spirituelle.
Que penser de cette conclusion ?
C'est probablement la partie la plus discutable de tout le livre, non parce qu'elle soulève des questions illégitimes, mais parce qu'elle présente comme démontré ce qui, dans plusieurs cas, reste matière à débat.
Ce qu'elle a de solide
René Gounon rappelle plusieurs principes catholiques incontestables :
- les Évangiles canoniques demeurent la norme de la Révélation ;
- une révélation privée ne peut jamais les corriger ni les compléter au sens doctrinal ;
- toute révélation privée doit être examinée avec prudence ;
- le discernement appartient en premier lieu à l'Église.
Ces principes sont conformes à l'enseignement catholique.
Là où sa démonstration devient très fragile
1. Il transforme des indices en certitudes
Pendant tout le livre, beaucoup de ses arguments sont de l'ordre du plausible :
« cela me paraît incompatible » ; « cela semble étrange » ; « on imagine mal que Jésus... ».
Dans la conclusion, ces appréciations deviennent :
« il est certain que... »
C'est un changement de registre logique.
2. Il n'envisage presque jamais d'autres explications
Par exemple :
- un passage difficile peut relever d'une maladresse d'expression ;
- un anachronisme peut être volontaire ;
- une image symbolique peut être prise au pied de la lettre.
Il choisit presque toujours l'interprétation la plus défavorable à Maria Valtorta.
3. Il présente son interprétation théologique comme acquise
Or plusieurs des points qu'il juge hérétiques font précisément l'objet de discussions entre spécialistes.
Cela ne signifie pas qu'il ait tort.
Mais cela signifie que le débat est plus complexe qu'il ne le laisse entendre.
4. Son hypothèse démoniaque reste très spéculative
Il écrit que l'origine pourrait être :
- psychologique ;
- parapsychologique ;
- démoniaque.
Mais il reconnaît lui-même :
« Je n'ai pas la réponse. »
Pourtant, tout au long du livre, le lecteur est fortement conduit vers l'idée d'une influence démoniaque.
Or l'Église est beaucoup plus prudente lorsqu'elle évoque cette possibilité.
Elle préfère généralement suspendre son jugement plutôt que conclure à une origine démoniaque sans éléments probants.
Le point le plus faible de la conclusion
À mon sens, c'est cette phrase :
« Une seule chose paraît certaine : cette œuvre ne vient pas de Dieu. »
Or cette certitude dépasse ce que son propre livre a réellement démontré.
Il a effectivement mis en lumière :
- des difficultés ;
- des incohérences possibles ;
- des objections sérieuses.
---> Mais la plupart de ses arguments reposent sur des interprétations contestables ou discutables.
Un lecteur favorable à Maria Valtorta pourra répondre à plusieurs d'entre eux, même si toutes les réponses ne sont pas également convaincantes.
Autrement dit, son enquête conduit légitimement à dire :
« Cette œuvre soulève des questions sérieuses qui justifient la prudence. »
Elle ne conduit pas nécessairement à la certitude absolue :
« Cette œuvre ne vient certainement pas de Dieu. »
Il y a là un saut logique.
Bilan de l'ensemble du livre
Après avoir parcouru tous les chapitres, on peut dégager une appréciation globale.
Le livre de René Gounon a le mérite de rassembler de nombreuses objections contre Maria Valtorta, d'inciter à ne pas aborder son œuvre avec naïveté et de rappeler des principes essentiels du discernement catholique. En ce sens, il constitue une contribution utile au débat.
En revanche, il souffre aussi de nombreuses limites.
- Il sélectionne presque exclusivement les éléments qui vont dans le sens de sa thèse,
- accorde peu de place aux réponses des défenseurs de Maria Valtorta,
- interprète souvent les passages litigieux de la manière la plus défavorable
- et conclut avec une certitude que les données présentées ne suffisent pas toujours à établir.
En définitive, ce livre est davantage un réquisitoire qu'une étude contradictoire.
Il mérite d'être lu et pris au sérieux, mais il ne dispense pas d'examiner également les arguments développés par les principaux défenseurs de l'œuvre (Jean-François Lavère, Emilio Pisani, le P. Gabriele Allegra, le P. Gabriel Roschini, Francois-Michel Debroise, etc.).
Une évaluation pleinement équilibrée suppose de confronter les deux approches avant de porter un jugement.