Analyse critique du livre de Gounon sur Maria Valtorta - Chapitre 5

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5 - "Une oeuvre divisée contre elle-même" ? Analyse critique du 5e chapitre de Gounon contre Maria Valtorta

Ce chapitre 5 ("Une œuvre divisée contre elle-même") ne cherche plus seulement à relever des erreurs ou des passages problématiques ; il veut montrer que l'œuvre serait incapable de maintenir une cohérence interne. Son argument principal est que les contradictions sont si nombreuses qu'elles excluraient une origine divine.

C'est aussi l'un des chapitres les plus inégaux du livre : certaines remarques sont pertinentes et méritent d'être examinées, tandis que d'autres paraissent ne reposer que sur des interprétations discutables ou des oppositions exagérées.

Résumé critique du chapitre

Gounon rassemble plusieurs séries de contradictions qu'il estime irréconciliables.

1. Est-ce un nouvel Évangile ou non ?

Il constate que les défenseurs de Maria Valtorta tiennent des discours différents.

- Certains affirment que L'Évangile tel qu'il m'a été révélé n'est pas un nouvel Évangile, mais une simple aide à la méditation.

- D'autres, en revanche, parlent d'une œuvre exceptionnelle qui éclaire les Évangiles et permet de connaître le Christ beaucoup mieux.

---> Jésus aussi, durant sa Vie publique, avait obtenu de la part des hommes une reconnaissance très inégale, souvent inappropriée.

Les avis divergeaient, au gré de la fantaisie :
"C'est Jean le Baptiste" ;
"C'est Elie",
"C'est Jérémie ou l'un des prophètes" ;

"C'est un fou !" ;
"Il est possédé du Démon !" ;
"Il égare les foules !".

---> Pourtant, cela ne changeait pas ce qu'il était réellement, et qui trouva une reconnaissance dans la foi exprimée par saint Pierre : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant."

- De même donc que c'est le Christ qui enseigna à ses apôtres qui Il était, de même c'est à l'Eglise d'enseigner aux lecteurs le rôle des révélations privées par rapport à la sainte Ecriture : un rôle subordonné de mise en valeur des Écritures, par des méditations et des explications pédagogiques.

Actuellement, nombre d'évêques français, sûrement animés - n'en doutons pas - par un zèle sincère quoi que mal éclairé, ne peuvent pas en même temps chercher à freiner les ardeurs des lecteurs assidus de Maria Valtorta, et aussi leur enseigner la bonne façon de recevoir ce trésor pour la foi.

Mais s'ils parvenaient enfin à changer leur regard sur cette question si importante pour les fidèles comme pour les marginaux de la foi, ils y trouveraient certainement l'occasion de leur parler d'un sujet qui les concerne tous vraiment, à savoir : le Christ. Et peut-être serait-ce l'occasion de parler un peu moins de foot au cours des assemblées dominicales.

Gounon souligne également que Maria Valtorta avait accepté le titre Le Poème de l'Homme-Dieu,

tandis que le titre actuel, L'Évangile tel qu'il m'a été révélé, a été adopté après sa mort.

Il estime que ce changement entretient volontairement la confusion.

---> Or rien ne permet d'affirmer que Maria Valtorta ait personnellement choisi ou approuvé le titre Il Poema dell'Uomo-Dio (« Le Poème de l'Homme-Dieu »). Au contraire, les documents disponibles suggèrent que ce titre est un choix éditorial.

Le titre voulu par le Christ
Dans les cahiers de Maria Valtorta, Jésus désigne l'œuvre par un autre nom : « Parole di Vita Eterna » (« Paroles de Vie éternelle »). C'est le seul titre qui soit explicitement attribué au Christ dans les écrits.

Le titre Il Poema dell'Uomo-Dio
Lorsque les premiers volumes sont publiés à partir de 1956, ils paraissent sous le titre :
Il Poema dell'Uomo-Dio. Ce titre est généralement attribué aux premiers éditeurs (Emilio Pisani et son entourage), avec l'accord de ceux qui menaient la publication, notamment le Père Migliorini et le Père Berti. Il s'agissait sans doute d'un titre jugé plus évocateur et plus attractif pour le public.

Il n'y a pas de document connu dans lequel Maria Valtorta écrit :
« J'approuve ce titre »,
ni, inversement : « Je le désapprouve. »
Nous ignorons sa position explicite.

Pourquoi le titre a-t-il changé ?
Après plusieurs décennies, l'éditeur italien a abandonné Il Poema dell'Uomo-Dio pour adopter :
L'Evangelo come mi è stato rivelato
(« L'Évangile tel qu'il m'a été révélé »).

Ce changement répondait à plusieurs préoccupations :
- éviter le malentendu selon lequel il s'agirait d'un « cinquième Évangile » ;
- souligner qu'il s'agit d'un récit reçu par une personne particulière ;
- rapprocher le titre de la nature de l'œuvre comme révélation privée.

Lequel est le plus fidèle ?
Si l'on se place du point de vue des écrits eux-mêmes, l'ordre de fidélité peut sembler être le suivant :

- "Paroles de Vie éternelle" : c'est le titre explicitement donné par Jésus dans les cahiers.

"L'Évangile tel qu'il m'a été révélé" : c'est un titre éditorial, mais il exprime correctement le statut d'une révélation privée.

"Le Poème de l'Homme-Dieu" : c'est un titre littéraire, qui met l'accent sur la beauté et l'ampleur du récit, mais qui n'est attesté ni comme venant du Christ ni comme ayant été choisi par Maria Valtorta.

Une remarque intéressante
Il est assez frappant que les trois grands titres correspondent à trois regards différents sur la même œuvre :
« Paroles de Vie éternelle » : le regard du Christ sur son enseignement.
« Le Poème de l'Homme-Dieu » : le regard de l'éditeur, qui insiste sur la dimension littéraire et épique.
« L'Évangile tel qu'il m'a été révélé » : le regard de la voyante, qui souligne qu'elle ne fait que transmettre ce qu'elle affirme avoir reçu.

---> C'est peut-être pour cette raison que le dernier titre est aujourd'hui préféré : il indique immédiatement qu'il ne s'agit pas d'un nouvel Évangile canonique, mais d'un témoignage relevant des révélations privées, conformément à la distinction rappelée par le Catéchisme de l'Église catholique (§§ 66-67).

En effet, lorsque l'Écriture parle de « l'Évangile » au singulier — par exemple : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l'Évangile » (Mc 1,15) — de quel Évangile s'agit-il ? De celui de Matthieu, de Marc, de Luc ou de Jean ? D'aucun d'eux pris isolément, mais des quatre ensemble, qui forment l'unique Évangile éternel : la Révélation que Dieu a faite de lui-même par l'Incarnation de son Fils.

Or, c'est précisément cette perspective qu'adopte l'œuvre de Maria Valtorta : elle ne se présente pas comme une méditation sur l'un des quatre Évangiles, ni comme un commentaire privilégié de l'un d'eux.
Elle embrasse l'ensemble de l'histoire évangélique, en proposant, selon la conviction de son auteur, une contemplation suivie de l'Évangile dans toute son unité, telle qu'elle est pleinement connue au Ciel, jusque dans les détails qui n'ont pas été consignés par les évangélistes.

C'est pourquoi le titre « L'Évangile tel qu'il m'a été révélé » exprime, paradoxalement, une réelle humilité. Il ne prétend pas dire : « Voici l'Évangile », comme s'il s'agissait d'une révélation publique venant s'ajouter à celle des apôtres. Il affirme seulement : « Voici l'Évangile tel qu'il m'a été révélé ».

---> Toute la nuance est là. Maria Valtorta ne se présente ni comme une apôtre, ni comme une évangéliste. Elle sait qu'elle n'est qu'une simple chrétienne, une humble bénéficiaire de révélations privées, vivant près de vingt siècles après le Christ. Le titre rappelle ainsi que ce qu'elle rapporte est inséparable de cette médiation personnelle : il s'agit du récit qu'elle dit avoir reçu, non d'un cinquième Évangile destiné à compléter ou à remplacer les quatre Évangiles canoniques.

2. Une simple illustration... ou un sommet spirituel ?

Selon lui, les promoteurs minimisent parfois l'importance de l'œuvre pour éviter les critiques de l'Église :

---> mais la minimiser ne sert à rien, si l'on a en face de sois un interlocuteur dont la conscience est borné par l'avis frelaté et obsolète du S.O.,

---> et cela ne sert à rien non plus si l'interlocuteur est éclairé, car il sait alors faire naturellement la distinction entre les révélations privées et les saintes Ecritures :

( Catéchisme de l'Église catholique, § 67 )

« Au fil des siècles, il y a eu des révélations dites "privées", dont certaines ont été reconnues par l'autorité de l'Église. Elles n'appartiennent cependant pas au dépôt de la foi. Leur rôle n'est pas d'"améliorer" ou de "compléter" la Révélation définitive du Christ, mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire. Guidé par le Magistère de l'Église, le sens des fidèles sait discerner et accueillir ce qui, dans ces révélations, constitue un appel authentique du Christ ou de ses saints à l'Église. »

« La foi chrétienne ne peut pas accepter des "révélations" qui prétendraient dépasser ou corriger* la Révélation dont le Christ est l'accomplissement. »

*dépasser ou corriger les dogmes, bien évidemment, et non pas la matérialité de tel ou tel petit détail dans tel passage contingent. C'est l'une des pierres d'achoppement de Gounon.

Mais, dans leurs conférences, ils la présentent souvent comme :

- une œuvre qui bouleverse toute une vie :

effectivement, si vous vous convertissez au Christ à la lecture de ce magnifique ouvrage, votre vie risque d'en être quelque peu bouleversée !

- un chef-d'œuvre absolu :

peut-être que René Gounon peut nous citer une seule Vie de Jésus écrite de main humaine qui arriverait à la cheville de l'EMV ? Sans attendre, nous pouvons répondre à sa place, car il n'y en a pas. Pourquoi alors ne pas parler de "chef d'oeuvre" ?

- une lumière incomparable :

quand grâce à cette oeuvre, les questions trouvent leur réponse, les coeurs abandonnent incroyance, hérésies, égarements ; quand ils retrouvent le chemin de la prière et de l'Eglise, on peut quand même parler d'une lumière incomparable ! Notre Seigneur ne nous aurait-Il d'ailleurs pas désignés comme "la Lumière du monde" ? N'est-ce pas là encore une expression incomparable, mais qui n'exagère rien, puisqu'un chrétien peut amener un homme au salut ?

- une expérience spirituelle sans équivalent :

parce que vivre une telle immersion dans la Vie du Christ en Le suivant pas à pas comme si nous pouvions être l'un de ses apôtres, ce ne serait pas une expérience spirituelle sans équivalent, peut-être ?

Il y voit une contradiction.

Où ça ? Dans la tête à Gounon ? Là effectivement, il doit y en avoir, et pas qu'une seule.

3. Les révélations privées peuvent venir du démon

Gounon cite une dictée où Jésus explique que certaines révélations privées peuvent avoir une origine démoniaque.

Selon cette dictée, les révélations authentiques produisent :
- la paix, comme dans Maria Valtorta,
- l'ordre, comme dans Maria Valtorta,
- la mémoire, comme dans Maria Valtorta,
- la cohérence, comme dans Maria Valtorta.

Les fausses produisent :
- le désordre, pas comme dans Maria Valtorta,
- la confusion, pas comme dans Maria Valtorta,
- les contradictions, pas comme dans Maria Valtorta,
- une fascination superficielle, pas comme dans Maria Valtorta.

Gounon retourne alors ce critère contre l'œuvre elle-même.

Il affirme qu'elle présente précisément :

- un désordre rédactionnel,

cf : 4 - le désordre des manuscrits, l'argument de Gounon est nul et non avenu.

- un foisonnement difficile à retenir :

Est-ce que Gounon peut de mémoire nous raconter minute par minute ce qu'il a dit et fait, 15 jours en arrière ? Pourtant, c'est sa vie, et il y tient. Il n'a cependant pas tout retenu de façon maladive, espérons-le pour lui...

Par contre : que le lecteur puisse retenir de nombreux passages de Maria Valtorta, notamment ceux qui correspondent aux Evangiles canoniques, Gounon lui-même s'en plaint suffisamment par ailleurs pour ne pas pouvoir le contester.

Gounon a du mal à distinguer l'essentiel et le détail.

de nombreuses contradictions :

Sorties de leur contexte, on peut également faire se contredire de nombreuses sentences des Evangiles canoniques !

Exemples :

1. « Ne jugez pas, afin de n'être pas jugés. » (Mt 7,1)

« Ne jugez pas selon l'apparence, mais portez un juste jugement. » (Jn 7,24)

Hors contexte, ces deux phrases semblent incompatibles. En réalité, Jésus condamne le jugement hypocrite et téméraire, non le discernement moral.

2. « Qui n'est pas avec moi est contre moi. » (Mt 12,30)

« Qui n'est pas contre nous est pour nous. » (Mc 9,40)

La première concerne ceux qui attribuent les miracles du Christ à Satan ; la seconde un homme qui chasse les démons au nom de Jésus sans faire partie du groupe des Douze. Les contextes sont différents.

3. « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui encore l'autre. » (Mt 5,39)

« Que celui qui n'a pas d'épée vende son manteau pour en acheter une. » (Lc 22,36)

Isolées, ces paroles semblent opposer non-violence et armement. Mais quelques versets plus loin, Jésus interdit à Pierre de se servir de son épée (Lc 22,49-51 ; Mt 26,52), montrant que la seconde parole ne peut être comprise comme un appel à la violence.

4. « N'appelez personne sur la terre votre père. » (Mt 23,9)

Jésus lui-même parle de « notre père Abraham » (par exemple Jn 8,56).

Le contexte montre que Jésus dénonce la recherche des titres honorifiques qui usurpent la place de Dieu, non l'usage ordinaire du mot « père ».

5. « Ne résistez pas au méchant. » (Mt 5,39)

Jésus chasse les marchands du Temple (Jn 2,13-17 ; Mt 21,12-13).

On pourrait croire à une contradiction. Mais « ne pas résister au méchant » concerne la vengeance personnelle ; la purification du Temple relève du zèle pour la maison de Dieu et de l'autorité messianique du Christ.

6. « Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

« Père, entre tes mains je remets mon esprit »
Mt 27,46 ; Mc 15,34 ; Lc 23,46

Sorties de leur contexte, ces deux paroles peuvent sembler incompatibles. En réalité, elles rapportent des paroles différentes prononcées à des moments différents de la Passion.

---> Ces exemples montrent qu'il est très facile de fabriquer des « contradictions » en extrayant une phrase de son contexte immédiat ou de l'ensemble de l'Évangile. C'est exactement la raison pour laquelle l'Église recommande de lire l'Écriture selon l'unité de toute la Bible, le contexte et l'analogie de la foi (cf. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 112-114).

---> Ce principe peut également être appliqué aux révélations privées :
une phrase isolée de Maria Valtorta, sortie de son contexte narratif ou doctrinal, peut donner une impression de contradiction qui disparaît lorsqu'on lit l'ensemble du passage ou de l'œuvre.

Il conclut que cette dictée condamne indirectement toute l'œuvre :

Oui... mais non, en fait !

Zéro pointé pour Gounon.

4. Les visions sont-elles des reconstitutions ?

Il relève que Jésus affirme parfois rapporter exactement les paroles historiques.

Mais ailleurs, Jésus reconnaît avoir adapté certains termes pour être compris des lecteurs modernes.

Gounon multiplie ensuite les exemples d'anachronismes :
- « évangéliser »,
- « Eucharistie »,
- « transsubstantiation »,
- « oxygène »,
- circulation sanguine,
- vocabulaire théologique moderne.

---> Toutes ces fausses questions dont Gounon fait son fond de commerce sont traitées ici avec rigueur et exhaustivité : Maria Valtorta et les faux anachronismes.

Par exemple :

Gounon va se jeter sur la description d'un tournevis, dans l'atelier de saint Joseph : du temps de Jésus, les vis et tournevis n'existaient pas encore ! L'oeuvre est donc fausse !

---> Mais cela, Maria Valtorta l'ignorait, et en décrivant la vision, elle confondit tout simplement une bonne vieille gouge avec l'outil sus-mentionné, dont elle parla innocemment sans se rendre compte de son erreur.

---> Quel évènement terrible pour la crédibilité de l'oeuvre ! Gounon ne le sait peut-être pas encore, mais l'erreur est humaine, et c'est ce genre de minuscule erreur de Maria Valtorta qui nous rend son oeuvre d'autant plus humaine et attachante ( quand on sait surtout à quel point ce genre de confusion y est rarissime ! )

Il en conclut que Maria ne voit pas les événements tels qu'ils se sont déroulés, mais une reconstitution.

C'est tout aussi idiot que d'affirmer : "Maria Valtorta n'a pas pu voir la réalité de la Vie du Christ, car autrement elle aurait du entendre les dialogues en araméen ! Or elle les a entendu en italien : donc ses visions sont fausses."

---> On se demande bien pourquoi le Seigneur se serait amusé à faire entendre des dialogues à Maria Valtorta de telle sorte qu'elle ne puisse pas en comprendre le moindre mot !

Il faut quand même un peu appliquer son intelligence au sujet, sinon cela devient extrêmement difficile d'avancer.

5. Les détails sont-ils essentiels... ou inutiles ?

Les défenseurs mettent souvent en avant :
- la précision géographique,
- historique,
- botanique,
- astronomique.

Mais Gounon cite ensuite une dictée où Jésus critique ceux qui s'attachent précisément à ces détails.

Il y voit une nouvelle contradiction.

---> Voilà comment nait une simple chicanerie, et non un argument valable. On peut même dire qu'ici, Gounon atteint le niveau démesurément bas d'Alexis Maillard : c'est un exploit que personne ne l'obligeait à réaliser. A moins que ce soit Maillard qui ait rejoint le niveau de Gounon, et non l'inverse... le résultat est le même : affligeant.

Prenons un exemple :
- Un ami passe avant nous par un chemin de montagne, et nous assure qu'il mettra bien en évidence de nombreux signes petits et grands, comme autant de traces de son passage nous indiquant la bonne direction à prendre.

- Comme il l'avait dit, et puisque c'est un ami digne de confiance, nous retrouvons notre chemin avec une simplicité qui nous laisse émerveillés, tant il a su bien choisir les signes qui ne trompent pas. Impossible de confondre ces signes avec des dispositions dues au hasard.

- Mais dans le groupe, il se pourrait que quelqu'un ralentisse la marche à chaque pas, celui qui ne peut marcher sans sa loupe à la main : car selon lui, cette demie feuille morte mise en exergue sur cette pierre au bord du chemin montrerait à l'évidence que ce serait un ours qui serait passé par là, et selon le cosinus de l'angle tangeant à la courbe de la trajectoire, cela indiquerait un passage précisément à telle heure de la bête, il en est sûr et certain, ce qui infirmerait la possibilité que l'ami ait pu déposer ici telle flèche en bois indiquant le chemin... etc, etc...

---> Telle est la différence fondamentale entre :

- les détails qui nous laissent émerveillés par leur cohérence incroyable, et que le Christ ordonne à Maria Valtorta de ne surtout pas oublier de consigner dans ses visions, afin qu'ils puissent servir plus tard à authentifier l'oeuvre,

- et ceux que Gounon scrute de façon maladive et qui n'ont strictement aucune pertinence, sauf pour lui, afin de lui permettre de monter en épingle toutes sortes de toiles d'araignée toutes plus fragiles les unes que les autres, mais donnant l'illusion de contradictions pourtant inexistantes.

Lorsqu'on a une fois pour toute compris l'origine divine de l'oeuvre : on s'arrête de se focaliser sur les détails scientifiques pour s'intéresser uniquement a son contenu spirituel ! C'est tout de même pour cela que le Ciel nous a fait ce don, ce n'est pas bien difficile à comprendre.... quoi que !

6. L'Église est-elle sainte ou dominée par l'Enfer ?

- Le « Père éternel » affirme que l'Enfer prévaut alors dans l'Église.

- Mais Jésus parle ailleurs de la Sainte Église catholique.

Pour Gounon, ces deux affirmations sont incompatibles.

---> Mais là encore, il force l'opposition.

L'Église est sainte par sa constitution divine.
Cela n'empêche pas qu'à certaines époques elle traverse des crises très profondes.
De nombreux saints ont parlé de périodes où les péchés de ses membres semblaient donner l'avantage aux forces du mal, sans nier pour autant la sainteté de l'Église.

---> Les deux affirmations peuvent donc coexister selon des plans différents.

7. Le cas du Père Corrado Berti

Enfin, Gounon montre que les défenseurs eux-mêmes présentent :

- parfois le Père Berti comme un témoin exemplaire,
- parfois comme quelqu'un qui aurait gravement trahi Maria Valtorta.

Il y voit un signe supplémentaire de confusion.

---> La façon de faire de Gounon est vraiment confortable :
- regarder ce qui se passe de l'extérieur, sans jamais chercher à comprendre.
- Exiger qu'on vous serve tout sur un plateau, mais sans vouloir y toucher même d'un doigt.
- puis dénoncer une rumeur, sans avoir cerné de quoi il s'agissait.
- je suppose que l'étape suivante, c'est : le passetisse.

- Que ce soit à propos du père Migliorini ,
- ou que ce soit à propos du père Berti,

---> on ne saura rien ni de l'un ni de l'autre si l'on ne prend pas le temps de se documenter.

Le premier fut missionnaire, notamment en Afrique du sud. Il en avait la fougue et le non-conformisme.
Le second, de 27 ans son cadet, fut professeur de théologie en université à Rome. Il en avait la curiosité et la diplomatie. Ils moururent au même âge : 69 ans.

Le premier s’occupa avec bonheur de l’âme de Maria Valtorta, mais servit maladroitement ses écrits.

Le second connut plus l’auteure que la grande âme, mais servit l’œuvre avec perspicacité[9]."

Le père Berti

Il n'est pas étonnant que certains chantent ses louanges, et que d'autres l'accusent d'avoir pu mettre à un certain moment la cause de l'oeuvre en danger : cela s'explique très bien.

Points de vue positifs : sa personnalité

Bien des facteurs concouraient à nous faire considérer le Père Berti, non comme un simple intermédiaire mais comme un délégué à part entière. Et c’était un plaisir de collaborer avec lui : intelligent, cultivé, il était prêt à affronter toutes les situations et à rencontrer n’importe qui avec le plus grand naturel.

Il n’avait pas l’étoffe d’un manager, bien au contraire. Il tenait à ne se reconnaître aucun sens pratique, de peur que cela puisse porter atteinte à sa fonction de prêtre. A titre d’exemple, il était impossible de lui faire entrer dans la tête un discours basé sur des calculs et des pourcentages. Il n’empêche qu’avec sa façon d’agir, à la fois perspicace et ingénue, il parvenait à obtenir davantage que ne l’aurait fait un vrai homme d’affaires.
En dépit de quelques réserves, j’avoue que je lui dois beaucoup.

Il m’a édifié par son exemple de prêtre fidèle et de travailleur infatigable : il ne manquait jamais aux obligations de son ministère et ne s’accordait pas les moindres vacances.
Il m’a transmis avec clarté des principes de doctrine et des règles de vie : ses explications étaient schématiques et percutantes, peut-être par habitude de l’enseignement. De même, ses homélies étaient des leçons très claires.

Il m’a inculqué l’importance de l’ordre et de la méthode, du moins comme principe car, en pratique, il donnait parfois l’impression de respecter le premier par manie et d’adopter la seconde d’une manière tendancieuse.

Il m’a donné des preuves de son amitié, qui le faisait accourir lors d’événements tristes, comme la mort imprévue de mon père, et prendre part aux joyeux, comme mon mariage avec Claudia.

Il m’introduisit davantage dans les milieux ecclésiastiques, que je fréquentais déjà pour mon travail et qui m’ont toujours attiré. Et il m’a fait connaître d’illustres personnages[13].

Autre point positif : le défenseur de l'œuvre auprès du Saint-Office

C’est une volonté de Jésus de substituer au Père Migliorini, le Père Berti. C’est lui qui conduit l’œuvre dans toutes les péripéties qu’elle devra subir, d’autant qu’en 1953, le Père Migliorini décède.
Le Père Berti est donc en première ligne lors des démêlées avec le Saint-Office. C’est lui qui est convoqué, en 1949, lors de l'entrevue où deux censeurs tentèrent, à l'insu de Pie XII, de détruire l’œuvre de Maria Valtorta.

Enfin : il a étudié et annoté tous les écrits de Maria Valtorta

"Je n'ai lu qu'une seule fois tous les écrits, pour servir, pour annoter. J'ai écrit les premières notes nécessaires en 1959, puis j'ai écrit toutes les notes à partir de 1960 jusqu'à aujourd'hui 1980 : 20 ans de travail dont 15 de travail intense du matin au soir [...] J'ai fait les notes théologiques, surtout les notes bibliques et j'ai remarqué 2 choses très importantes :

1) Maria Valtorta dans ses écrits est toujours en harmonie avec la foi, elle est toujours en harmonie aussi avec la doctrine catholique la meilleure et la plus accréditée, toujours en harmonie avec la Révélation divine, toujours en harmonie (ou du moins pas en désaccord) avec la meilleure doctrine catholique.
Les livres de Maria Valtorta peuvent se lire tranquillement, ils éclairent, ils enflamment, ils ne s'éloignent jamais de la Foi, ne s'éloignent jamais de l'Église, ne s'écartent jamais de ce que nous croyons être la doctrine la plus solide, la plus sérieuse, acceptée en l'Église catholique, même en ce temps de pluralisme (comme on dit).

2) Une autre considération importante. Je n'ai lu qu'une seule fois, comme je l'ai dit, les écrits de Maria Valtorta, mais pour les annoter. Mais je les ai lu en les étudiant, je les ai lu en les pénétrant, je les ai lu en les pesant, je les ai lu en les classant, cherchant la difficulté, les points à éclaircir et étant impressionné par les perles merveilleuses ou d'une clarté majeure, ou même, d'une certaine manière, l'achèvement de ce que nous savions mais ne savions pas avec une telle complétude. Je me souviens d'un vieux saint, le grand protecteur des écrits valtortiens, l'archevêque de plus de 100 ans, Alfonso Carinci, qui disait : "Je n'ai jamais lu un écrit aussi parfait, aussi clair et profond sur le Purgatoire".

Il atteste que dans ses visions, Maria Valtorta avait utilisé environ 600 références bibliques et que pour sa part, dans ses notes de bas de page et appendices théologiques (5.675 au total) il en avait mentionné 7 000 environ (REF).

Le revers de médaille : le recours désastreux au docteur Luciano Raffaele, pour la seconde préface de l'oeuvre.

C'est lui qui était secrétaire général de la Société italienne de parapsychologie et qui rédigea la préface de la deuxième édition du Poema dell'Uomo-Dio, à la demande du Père Berti, dans l'idée de lui donner une caution scientifique concernant les phénomènes extraordinaires. Cette initiative est aujourd'hui considérée par beaucoup de défenseurs de Maria Valtorta comme une erreur de jugement.

Lors d'une visite où se trouvait Raffaele, Maria Valtorta, qui parlait alors très peu en raison de son état, se serait soudain redressée en criant à plusieurs reprises :
« Vattene ! Vattene! Vattene! » (« Va-t'en ! Va-t'en ! Va-t'en ! »)
jusqu'à ce que Raffaele quitte la chambre, alors que personne ne le lui avait présenté auparavant.

La même source est extrêmement sévère. Elle ajoute que Maria Valtorta, si elle avait été encore vivante lors de la seconde édition, malheureusement préfacée par Raffaele, « aurait brûlé ces 37 pages », parce qu'elles étaient écrites par le parapsychologue que, selon cette tradition, elle avait chassé de sa chambre.

Elle poursuit en expliquant que cette préface produisit exactement l'effet inverse de celui recherché :
elle renforça l'impression que les visions de Maria Valtorta relevaient de la médiumnité et non du surnaturel chrétien.

---> Cependant, tout cet épisode malheureux :

- n'est certainement pas à imputer à l'oeuvre ni à son humble secrétaire,

- n'est que du fait du père Berti qui commis cette bévue regrettable,

- ne fut pas venant de lui un acte volontaire de discréditation de l'oeuvre, puisqu'il pensait bien au contraire - et très maladroitement - arriver ainsi à prouver que l'oeuvre ne s'expliquait pas par la médiumnité, que Maria Valtorta exécrait et avait activement combattue.

---> Certains excusent Berti pour cet acte, d'autre non.

De même : certains pourront apprécier que Gounon cherche ainsi la petite bête,
et d'autre préféreront le traiter de "fouille-boue".

Mais peut-être le mieux est de tout simplement oublier Gounon et son livre, en lui pardonnant d'être descendu à ce niveau de chicanerie assez grotesque.

Appréciation d'ensemble

ce chapitre contient plusieurs observations intéressantes, mais il il assimile fréquemment une tension ou une nuance à une contradiction véritable.

Sans y parvenir, ce chapitre cherche à démontrer que l'œuvre de Maria Valtorta est « divisée contre elle-même ». René Gounon rassemble un grand nombre d'exemples pour étayer cette thèse.

Plusieurs de ses remarques méritent d'être prises au sérieux, notamment sur le changement de titre de l'œuvre, sur l'excès de certains discours promotionnels et sur la question des anachronismes.

Cependant, il souffre d'une faiblesse méthodologique : Gounon qualifie sans examen approfondi de « contradiction » ce qui relève d'une distinction de niveaux, d'une évolution de perspective ou d'une interprétation possible des textes. En fait, il se contente d'effleurer en surface l'oeuvre et son contexte.

---> Son analyse n'apporte donc absolument rien qui puisse servir sa cause, bien au contraire, elle ne fait que la discréditer toujours plus.

Nous allons voir que cela ne s'arrange pas dans le chapitre suivant.


 

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