
6 - "Des failles dans la validation de l'œuvre par la science" ? Analyse critique du 6e chapitre de Gounon contre Maria Valtorta
Ce chapitre 6 ("Des failles dans la validation de l'œuvre par la science") est important, car René Gounon s'attaque ici à ce qui constitue probablement l'argument apologétique le plus souvent avancé par les défenseurs de Maria Valtorta : les nombreuses confirmations scientifiques de ses descriptions (géographie, botanique, archéologie, astronomie, etc.).
Il les reconnaît, mais il soutient qu'elles ne prouvent pas l'origine divine de l'œuvre et qu'il faudrait plutôt rechercher les éventuelles erreurs scientifiques susceptibles d'infirmer cette origine.
Résumé critique du chapitre
1. Une « mauvaise méthode de démonstration » ?
Gounon commence par reconnaître que plusieurs chercheurs (Jean Aulagnier, Jean-François Lavère, etc.) ont mis en évidence des centaines de concordances entre les visions de Maria et les connaissances modernes.
Années 1970-1980 : quelques études ponctuelles apparaissent, notamment sur les aspects bibliques et historiques, mais elles restent limitées.
Années 1990 : les premières recherches approfondies voient le jour. C'est surtout à cette époque que des lecteurs commencent à comparer méthodiquement les descriptions de Valtorta avec l'archéologie, la géographie et l'histoire.
À partir des années 2000 : les travaux deviennent beaucoup plus nombreux et documentés.
En particulier :
Jean-François Lavère, ingénieur français, commence ses recherches au début des années 2000. Après plusieurs années de vérifications, il publie son premier ouvrage important :
L'Énigme Valtorta (2012).
Il y recense plusieurs milliers de données vérifiables concernant la géographie, l'histoire, l'astronomie, les usages juifs, la botanique, etc., en soutenant qu'une grande partie d'entre elles étaient difficilement accessibles dans les années 1940.
Jean Aulagnier développe ensuite ses propres analyses, notamment sur les aspects historiques, archéologiques et exégétiques. Ses publications et conférences datent principalement des années 2010 et 2020.
Mais il affirme que cette démarche est insuffisante.
Selon lui :
- un phénomène extraordinaire n'est pas forcément divin : absolument !
- même des phénomènes démoniaques peuvent présenter des aspects extraordinaires : c’est entendu.
- les confirmations scientifiques ne permettent donc pas d'établir une origine céleste : sans aucun doute, cela ne suffit pas en soi à l'établir de manière catégorique, mais dans le cas précis de Maria Valtorta on va voir de quel côté cela fait très nettement pencher la balance.
Il rappelle que Jésus lui-même, dans les Évangiles (Mt 24,24), annonce que de faux prophètes pourront accomplir des signes étonnants : or la caractéristique première du faux prophète, c'est de ne pas annoncer le Christ, ou bien un Christ différent de Celui des Evangiles. Maria Valtorta parle d'un Christ tel que nous Le connaissions déjà à travers les quatre Evangiles : cela ne correspond donc pas très bien avec la notion de "faux prophète".
- Sa conclusion est donc :
ce ne sont pas les réussites qu'il faut examiner, mais les erreurs : voilà effectivement ce que fait Gounon, il évacue toutes les preuves positives innombrables et bien documentées, et il sort sa loupe pour dénicher partout quelque chose de suspect, jusqu'à ce que cela le confine au ridicule.
Par exemple : il nie farouchement l'évidence qu'à Matarea en Egypte, le lieu de refuge de la sainte Famille exilée loin de la Palestine, on ne voit qu'une seule des trois grandes pyramides, car en ce lieu précis elles sont alignées dans le champ de vision, et pas plus éloignées de Mataréa que ne l'est le Mont Saint Michel de Cancale.
Autrement dit :
- mille confirmations ne prouvent rien ;
- une seule erreur certaine suffirait à exclure une origine divine.
C'est le principe fondamental de tout le chapitre.
---> Or comme nous allons le voir : ce principe est faux.
Ici, le mensonge de Gounon prend pour déguisement la plus honnête défense de la vérité. Ce déguisement consiste en l'argument de la Parole de Dieu que personne n'osera contester, mais qui cache en réalité de très grossières omissions de sa part.
1ère omission de Gounon :
---> un phénomène démoniaque, tout dissimulé qu'il puisse être derrière l'extraordinaire, n'en reste pas moins ce qu'il est : démoniaque. C'est-à-dire qu'il dérange, on s'y sent mal à l'aise, il transpire le faux, il fait peur, on sent qu’il veut subtilement persuader d'un mensonge ( "le Christ n'est qu'un homme extraordinaire, mais pas Dieu !" Ou encore : "Dieu ne peut pas être Trinité, sinon il y aurait trois Dieux", ou encore "La Vierge était une femme du commun, pas l'Immaculée", etc.). Certes, le Démon imite le vrai, mais très mal, surtout dans la durée. S'il parle beaucoup, une âme attentive et bien instruite ne peut manquer de le démasquer assez vite, tant le fait d'être ennemi de Dieu rend impossible l'acte de dire la Vérité.
---> Dans ce cas, le côté extraordinaire sert à l'ennemi comme un piège pour tromper les âmes peu instruites et trop crédules, attirées uniquement par la curiosité et facilement dupées par ces manifestations.
---> C'est donc cela qu'il faut regarder en premier : le sérieux de l'oeuvre, sa calme et constante conformité aux Evangiles, indépendamment des éléments qui concordent de manière extraordinaire avec une réalité encore inconnue lors de sa rédaction.
L'oeuvre de Maria Valtorta coche cette case haut la main : on n'y trouve rien d'outré ni d'extravaguant, rien qui nous entraîne loin de la théologie enseignée par l'Eglise depuis plus de 2000 ans - et ce sont même les pires ennemis de l'oeuvre (le S.O.) qui le confirment : témoignage suprême, et pour tout dire inespéré, digne de Balaam -.
DONC :
Le surnaturel ne pouvant venir que de Dieu ou du Démon, dans le cas de Maria Valtorta, au vue de la qualité irréprochable de son contenu sur le plan théologique, il faut conclure que l'extraordinaire exactitude scientifique des détails penche vers l'explication divine, et non vers l'explication démoniaque.
OR :
Gounon prend comme à priori exclusivement l'explication démoniaque, ce qui est une incohérence majeure qui pollue toute son analyse : cela l'entraîne constamment sur de fausses pistes, mais sans qu'il ait l'honnêteté de l'admettre, puisque cela doit servir sa "thèse", et que rien d'autre ne compte pour lui.
2e omission de Gounon :
- Il oublie également le fait que Maria Valtorta n'était pas manipulée de l'extérieur lorsqu'elle écrivait : certes, elle avait des visions et entendait des dialogues et des dictées sans pouvoir les influencer elle-même, mais ce fut elle seule qui décrivit ce qu'elle voyait, en toute liberté, avec la possibilité de parfois se tromper - comme pour la fameuse gouge dans l'atelier de saint Joseph, qu'elle prit pour un tournevis ce qui était anachronique, mais en rien imputable à la vision elle-même.
DONC :
---> L'argument de Gounon est faux, dans le sens que ce n'est pas parce qu'il se trouverait une seule petite erreur dans l'oeuvre que cela suffirait à l'invalider comme ne venant pas de Dieu.
3e ommission de Gounon :
---> On a vu dans le chapitre précédent la possibilité de faire se contredire les Evangiles eux-mêmes : il est donc évident qu'une Parole du Christ peut être lue avec plusieurs points de vue différents, certains étant cohérents et justes, les autres menant à l'impasse et à l'incompréhension.
OR :
Pour expliquer chaque passage qu'il analyse, Gounon ne prend systématiquement en compte que le point de vue défavorable menant l'oeuvre à l'impasse, et conclue définitivement comme s'il ne pouvait pas y avoir d'autre point de vue que le sien : ce vice de procédure le fait glisser hors de l'enquête sérieuse vers une banale opinion pamphlétaire.
---> Dès le début, Gounon est partisan du faux démoniaque, ses conclusions sont partisanes, et son livre n'est pas une vraie enquête sérieuse. Il n'a pas d'autre intérêt que celui d'être contesté et corrigé.
Ceci va trouver sa parfaite illustration dans la contestation qui va suivre au sujet du linceul de Turin, cité dans l'oeuvre par Jésus pour décrire sa Passion, avec une description posant une véritable question de logique :
Gounon y voit la mort définitive de la crédibilité de l'oeuvre, parce qu'il reste enfermé dans les étroites limites de ses propres hypothèses, faites à partir de constatations trop hâtives.
La question est tout à fait intéressante ! Mais la réponse qu'apporte Gounon est très largement insuffisante. Nous allons examiner le sujet de manière intraitable et en toute clarté, sans fuir la réalité des faits.
2. Le Linceul de Turin
Le principal exemple de Gounon concerne la Passion.
Il rappelle que :
- Maria Valtorta décrit le clou de la main droite au poignet ;
- mais celui de la main gauche dans la paume.
Or le Linceul montre, selon lui les deux mains percées au niveau des poignets.
Il ajoute ensuite un deuxième argument : dans une dictée, Jésus explique que la blessure de la main gauche ne se voit pas parce que la main droite la recouvre.
Or, dit Gounon :
- l'image du Linceul est inversée droite/gauche.
- En réalité, c'est la main gauche qui recouvre la droite.
Il conclut donc :
- soit le Linceul est authentique et Maria se trompe ;
- soit le Linceul est faux, mais alors Jésus se trompe en l'authentifiant.
Dans les deux cas, une erreur subsisterait.
Relisons les différentes pièces du dossier :
La crucifixion, telle que Maria Valtorta la décrit.
"Un troisième lui saisit le bras droit en le tenant d’une main à la première partie de l’avant-bras et de l’autre au bout des doigts. Le quatrième a déjà en main le long clou à la tige quadrangulaire terminé par une plaque arrondie et plate, large comme un sou d’autrefois. Il vérifie que le trou déjà préparé dans le bois correspond à la jointure radio-ulnaire du poignet. Il va bien. Le bourreau applique la pointe du clou sur le poignet, lève le marteau et donne le premier coup. Jésus, qui avait les yeux fermés, pousse un cri et a une contraction à la suite de la douleur aiguë, écarquillant ses yeux noyés de larmes. Il doit ressentir une douleur atroce… Le clou pénètre en rompant les muscles, les veines, les nerfs, en brisant les os… Marie répond au cri de son Fils torturé par un gémissement qui rappelle la plainte d’un agneau qu’on égorge, et elle se courbe, comme brisée, en se tenant la tête dans les mains. Jésus, pour ne pas la torturer, ne crie plus. Mais les coups sont là, méthodiques, âpres, du fer contre le fer… Dire que, dessous, c’est un membre vivant qui les reçoit ! La main droite est clouée. On passe à la gauche. Le trou ne correspond pas au carpe. Alors ils prennent une corde, lient le poignet gauche et tirent jusqu’à déboîter la jointure et arracher les tendons et les muscles, sans compter qu’ils lacèrent la peau déjà sciée par les cordes de la capture. L’autre main aussi doit souffrir, car elle est étirée par contrecoup et, autour de son clou, le trou s’élargit. On arrive à peine en haut du métacarpe, près du poignet. Ils se résignent et clouent là où ils peuvent, c’est-à-dire entre le pouce et les autres doigts, exactement au centre du métacarpe. Là, le clou entre plus facilement, mais avec une plus grande souffrance, car il doit couper des nerfs importants, si bien que les doigts restent inertes alors que ceux de la main droite ont des contractions et des tremblements qui indiquent leur vitalité."
---> C'est donc purement et simplement admis dans l'EMV : c'est la main droite du Christ qui aurait été clouée "comme il faut" dans le poignet, et la gauche qui aurait été clouée à défaut de mieux dans une région de la paume, faute de pouvoir amener le bras gauche suffisamment près du trou prévu d'avance.
Le "problème" logique vient de la nécessaire cohérence de ce récit avec :
- Le linceul de Turin - authentiquement celui du Christ - qui donne l'image inversé droite-gauche du Crucifié, à cause de l'effet miroir dû à l'empreinte du Corps sur un tissu.
- Et ce passage des cahiers de 1943, pages 604-605 :
Jésus dit :
"Les blessures aux paumes, que tu n’as pas vues parce que je bouge rarement ma main gauche, à la fois par une habitude contractée au travail et parce que c’est la plus blessée, ont été infligées de la façon suivante.
L’idée des bourreaux était de me suspendre par les carpes, immédiatement au-dessus de la jointure du pouls, pour rendre la suspension plus solide. Et en effet, après m’avoir étendu sur la croix, ils me transpercèrent la main droite en ce point.
Mais, étant donné que le constructeur de l’échafaud avait marqué le trou de gauche (c’était la coutume de marquer l’emplacement des clous afin de les faire entrer plus facilement dans le bois épais et de suspendre plus solidement un corps placé, non à l’horizontale, mais à la verticale et sans autre support que trois longs clous) plus loin du point où pouvait arriver le carpe de ma main, on décida, après m’avoir étiré le bras jusqu’à déchirer les tendons, d’enfoncer le clou au centre de la paume, entre deux os du métacarpe.
Ça ne se voit pas dans le suaire parce que la main droite recouvre la main gauche.
La blessure aux membres, que je subis de mon vivant, fut plus grande parce que, une fois qu’on eut levé la croix, quand le poids du corps se déplaça vers le bas et en avant, le clou fit une grande lacération vers le pouce, élargissant le trou plus que dans la main droite où le carpe résista mieux à la suspension que le métacarpe. Et cette blessure fut aussi la plus lancinante, soit parce qu’elle était du côté du cœur, soit parce qu’en entrant, le clou brisa les nerfs et les tendons de la main, provoquant un spasme atroce qui se propagea jusqu’à la tête[24].
Les peintres et sculpteurs qui, par un sens de l’art, me représentèrent la main droite partiellement ouverte et la main gauche fermée en poing, ont témoigné sans le vouloir d’une vérité physique de mon corps martyrisé, parce que la main gauche se ferma réellement en poing à cause du spasme et de la rupture des nerfs coupés, et elle se ferma de plus en plus parce que le spasme et la contraction des fibres nerveuses augmenta avec le passage des heures. (...)
---> Donc quoi qu'il arrive, nous avons trois éléments qui devraient parfaitement concorder, puisqu'il n'y a qu'un seul Corps du Christ supplicié sur la croix, et que Jésus parle manifestement dans l'EMV pour dire la vérité sur ce sujet, non une approximation, ou une contre-vérité :
1 - Le Corps du Christ mort, avec la plaie de la main droite dans le poignet, et la plaie de la main gauche dans une région de la paume ;
2 - l'empreinte que ce Corps a laissé sur un linceul, où les mains droite et gauche REELLES sont inversées, donc il faut mentalement faire l'effort de penser : "Attention, la main qui apparaît au-dessus est en fait la main gauche réelle, et non la droite", ce qui est d'ailleurs rétabli sur le négatif du linceul;
3 - La description que Jésus en fait en se référant au suaire de Turin, et où il décrit ceci : "la main droite recouvre la main gauche".
Lorenzo Ferri - Wiki Maria Valtorta
Première phase du problème de logique, avec seulement 2 solutions.
Lorsque Jésus parle de ses mains dans ces différents passages :
- soit Il parle constamment de sa main droite (ou gauche) REELLE. C'est l'unique hypothèse retenue par Gounon ( il commet donc une faute en excluant la seconde), et elle mène l'oeuvre à l'impasse logique puisque sur le linceul : dire comme Jésus que la main droite REELLE recouvre la main gauche REELLE est une erreur factuelle, à cause de l'effet miroir de l'empreinte. C'est la main gauche REELLE du Christ qui est au-dessus, cachant la droite.
- soit Jésus, lorsqu'Il parle dans les cahiers de 1943 de la main droite recouvrant la main gauche sur le Linceul, se place en fait dans le référentiel du Linceul, et non dans celui de la réalité matérielle : effectivement, sur le linceul, c'est APPAREMMENT la main droite du Corps qui recouvre la main gauche.
Ce que dit le Christ dans les cahier de 1943 est donc juste si on l'interprète bien.
---> La première phase du problème est ainsi résolue simplement. On pourrait objecter que le Christ aurait dû alors préciser dans quel référentiel Il se plaçait : c'est oublier qu'Il ne produit pas ici un discours scientifique expliquant tout en détail. Jésus passe rapidement sur bien des choses que nous sommes sensés comprendre par nous-mêmes.
Seconde phase du problème logique : et là encore, il n'y a que 2 solutions.
- Nous sommes d'accord que c'est la main gauche REELLE qui est au-dessus de l'autre, sur le Linceul de Turin.
- Or l'observateur va naturellement y déceler une plaie au poignet, à cause de la trace de sang.
- Mais cela amène à la contradiction suivante : d'après les visions de Maria Valtorta, C'EST UNIQUEMENT LA MAIN DROITE REELLE QUI FUT CLOUEE DANS LE POIGNET, la main gauche quant à elle fut clouée dans la paume !
---> Gounon ne va pas plus loin : l'oeuvre de Maria Valtorta est fausse, et c'est pour lui irréfutable. Grossière erreur.
certains spécialistes estiment qu'il est encore possible que la plaie visible sur le Linceul corresponde à un clou ayant traversé la paume, même si la majorité des chercheurs penchent aujourd'hui pour une traversée du poignet (ou plus exactement de la région du carpe).
---> Ce que l'on observerait à première vue ne serait donc pas forcément exact : en réalité, la main gauche réelle sur le Linceul pourrait bien correspondre à la main gauche clouée dans la paume, comme le décrit Maria Valtorta dans son oeuvre !
Voici les principaux arguments.
Pourquoi la plupart des spécialistes parlent-ils du poignet ?
L'idée s'est imposée surtout après les expériences du chirurgien français Pierre Barbet dans les années 1930.
Selon lui :
- un clou planté au centre de la paume déchirerait les tissus sous le poids d'un homme crucifié ;
- le clou traversant l'espace de Destot (entre certains os du carpe) offrirait une résistance suffisante ;
- cette localisation expliquerait aussi la rétraction du pouce, invisible sur le Linceul, par atteinte du nerf médian.
Ces conclusions ont eu une immense influence.
Mais Barbet n'a pas convaincu tout le monde
Depuis plusieurs décennies, plusieurs chercheurs ont nuancé, voire contesté ses conclusions.
Ils soulignent notamment que :
- Barbet testait surtout des mains amputées ou des tissus isolés ;
- la résistance d'une main vivante est différente ;
- le crucifié ne repose pas uniquement sur les mains : les pieds participent aussi au soutien du corps, ce qui diminue la traction sur les mains.
Les expériences de Frederick Zugibe
Le médecin légiste américain Frederick Zugibe est probablement le principal contradicteur de Barbet.
Ses expériences sur des volontaires suspendus à des dispositifs de crucifixion simulée et ses études anatomiques l'ont conduit à penser que :
- une traversée de la paume est envisageable,
- à condition que le clou ne passe pas au centre exact de la main mais dans la partie proximale de la paume, près de la base.
- Selon lui, cette région est beaucoup plus solide qu'on ne l'avait cru.
Que montre réellement le Linceul ?
Le Linceul est plus discret qu'on ne le croit.
On n'y voit :
- qu'une seule plaie de la main ;
- l'autre main est cachée dessous.
Or cette image ne permet pas de localiser précisément le clou.
- La tache sanguine est visible.
- Le point d'entrée exact ne l'est pas.
Autrement dit :
le Linceul ne permet pas de dire avec certitude si le clou est entré dans la paume ou dans le poignet.
Le cas de Maria Valtorta
Maria Valtorta décrit le clou traversant la paume de la main gauche.
Pour certains lecteurs, cela paraît incompatible avec Barbet.
Mais si les travaux de Zugibe et d'autres anatomistes sont recevables, cette objection perd beaucoup de sa force : une traversée de la paume, dans une zone anatomiquement résistante, demeure possible.
En outre, le récit de la Passion n'est pas le meilleur terrain pour juger l'authenticité globale de l'œuvre, puisque nous possédons déjà les Évangiles, le Linceul et de nombreuses études historiques sur cette période. Les détails les plus probants sont souvent ceux qui concernent des scènes inconnues des Évangiles mais ultérieurement confirmées par l'archéologie, la géographie ou l'histoire.
Conclusion
Aujourd'hui, on peut résumer le débat ainsi :
Position majoritaire : le clou traversait la région du poignet (plus précisément le carpe), suivant les travaux de Barbet et de nombreux sindonologues.
Position minoritaire mais sérieuse : une traversée de la partie haute de la paume est anatomiquement possible, notamment selon Frederick Zugibe et d'autres chercheurs qui ont réévalué les expériences de Barbet.
Le Linceul lui-même ne permet pas de trancher définitivement, car la seule plaie visible ne montre pas avec précision le point d'entrée du clou.
En d'autres termes, il n'existe pas aujourd'hui de consensus scientifique qui exclurait absolument une perforation de la paume ; l'hypothèse du poignet est simplement considérée comme la plus probable par une majorité de spécialistes.
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Mais il y a plus encore, et c'est jubilatoire : les descriptions de Maria Valtorta sur la méthode de clouage des mains et des pieds du Christ sont admirablement confirmées par le saint Suaire de Turin !
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Lorenzo Ferri - Wiki Maria Valtorta
Confirmation du clouage sur la Croix
Reconstitution de Lorenzo Ferri.
Dans son attestation, Lorenzo Ferri met en avant une constatation étonnante sur le corps qu’il a reconstitué à partir du Saint-Suaire :
"Un an plus tard, suite à mes travaux de reconstitution du corps de N. S., j'ai constaté que le bras gauche était 4 centimètres plus court que le bras droit. Rendu perplexe par cette anomalie, et après avoir consulté des médecins de renom, nous en sommes arrivés à la conclusion que N. S. avait subi une entorse intentionnelle ou accidentelle.
Interrogée par moi, Maria Valtorta a souri et m'a lu un passage de son ouvrage où cette dislocation était décrite dans les moindres détails, écrit remontant à 4 ans plus tôt. J'ai eu ainsi une deuxième confirmation que ce que Valtorta a vu était la vérité absolue.
Ce déboîtement du bras, extrêmement douloureux, est la conséquence de l’élongation faite par les bourreaux pour atteindre les pré-trous. Ils sont en effet nécessaires pour le clouage. Il faut être praticien du travail du bois pour le savoir, ce que n’était pas Maria Valtorta qui décrit crûment, dans le détail, la crucifixion de Jésus (EMV 609.5). Le déboîtement a eu pour conséquence le clouage d’une main au poignet et de l’autre dans la paume. Elle rajoute que les bourreaux durent élonger de même les jambes et pour la même raison. Elle précise enfin ce détail qui ne peut apparaître sur le Linceul : La croix est retournée avec le crucifié pour river les clous (EMV 631.6).
Plus étonnant encore, ces détails se retrouvent dans les visions de Marie d’Agréda[8] et d’Anne-Catherine Emmerich[9]. Mgr René Laurentin commente ainsi ce constat dans l’étude comparative qu’il leur a consacrée, La Vie de Marie d’après les révélations des mystiques (Presses de la Renaissance, 2011) :
Cet accord, sur un point étranger à l'Évangile, est remarquable, vu qu'elles ne se copient pas. Nous n'avons pas trouvé de modèle inspirateur dans la "Légende Dorée" ni dans d'autres textes influents du Moyen-âge.
Pour sa part, Lorenzo Ferri note à propos des mains :
"Sur le Linceul, la présence du clou dans la main gauche est irréfutable, non pas sur le poignet, comme l'ont toujours cru les savants (peut-être contre l'Évangile : voir Jean 20,24-29), mais dans la paume. Quant à la droite, il est logique de supposer qu'elle a été clouée au poignet comme d'habitude; mais il ne peut pas être vu parce qu'il est couvert par l'autre main. Maria Valtorta démontre la raison de cette diversité."[10]
Travaux expérimentaux de Lorenzo Ferri.
Et, à propos des pieds :
"En observant attentivement le Linceul, on peut voir que le pied droit a été cloué et décloué. Cette découverte faite par moi, et aussi par d'autres, avait été décrite par Maria Valtorta 4 ans plus tôt. Il ne s'agit donc pas d’un déplacement de la toile, mais d'une véritable empreinte laissée par le Sang coulé de la première et de la deuxième blessure."[11]
---> Une telle concordance entre l'oeuvre et le Linceul que Maria Valtorta ignorait complètement ne peut être que surnaturelle.
Que penser de ce chapitre ?
C'est un chapitre intéressant parce qu'il repose sur un principe de discernement légitime, mais son application concrète est beaucoup plus discutable.
Ce qui est solide
1. Son raisonnement logique
C'est sans doute le meilleur argument du livre.
Il dit essentiellement :
"Si Dieu montre une scène historique, cette scène ne devrait pas contenir d'erreur manifeste."
C'est un argument sérieux.
En effet :
- une erreur historique prouvée pose une vraie difficulté ;
- alors qu'une accumulation de réussites ne démontre pas automatiquement une inspiration divine.
Sur ce point, son raisonnement est philosophiquement solide.
2. Il reconnaît les confirmations scientifiques
Contrairement à ce que certains imaginent, Gounon ne nie pas les travaux de Lavère, Aulagnier ou d'autres.
Il admet qu'ils mettent en lumière de nombreuses concordances.
Il dit simplement :
elles ne suffisent pas.
Cette distinction est importante.
Les points discutables
En revanche, son unique exemple pose plusieurs difficultés.
Le Linceul de Turin n'est pas un critère dogmatique
Même si beaucoup de spécialistes pensent aujourd'hui que le Linceul est authentique, l'Église ne l'a jamais défini comme tel.
Autrement dit :
· on peut croire à son authenticité ;
· on peut aussi demeurer prudent.
Faire du Linceul le juge absolu d'une révélation privée est donc méthodologiquement délicat.
Les blessures des mains
Le problème est moins simple que Gounon ne le présente.
Le Linceul ne montre pas un trou parfaitement visible.
Les spécialistes discutent depuis longtemps :
· de l'emplacement exact du clou ;
· de la sortie du clou ;
· de la position des mains ;
· des effets de la rigidité cadavérique.
Il existe plusieurs hypothèses anatomiques.
Présenter la question comme définitivement réglée est excessif.
L'inversion droite/gauche
Son observation sur l'image miroir est exacte :
l'image du Linceul est bien inversée.
En revanche, cela ne suffit pas forcément à conclure que la dictée est fausse.
Selon la manière dont Jésus décrit la scène (vue historique ou vue de l'image), différentes lectures sont possibles.
L'argument est intéressant mais n'est pas aussi décisif que Gounon le laisse entendre.
Ce qui manque dans ce chapitre
La principale faiblesse est que Gounon ne répond pas vraiment à la masse des confirmations scientifiques.
Il les écarte en disant : cela ne prouve rien.
C'est vrai, mais cela ne répond pas à la question suivante :
Comment une femme :
- sans études,
- alitée,
- dans les années 1940,
- privée de bibliothèques spécialisées,
a-t-elle pu produire des milliers de détails aujourd'hui vérifiés ?
---> Même si ces confirmations ne démontrent pas l'origine divine, elles constituent un phénomène historique qui mérite lui aussi une explication.
Or Gounon ne propose pratiquement aucune hypothèse alternative.
Appréciation générale
- Gounon rappelle à juste titre qu'en matière de révélations privées, une accumulation de coïncidences ou de confirmations scientifiques ne suffit pas à établir une origine divine.
- Il a également raison de souligner que, si une erreur historique ou scientifique certaine était démontrée dans une vision censée venir de Dieu, cela constituerait une objection sérieuse.
---> En revanche, l'application qu'il fait de ce principe est beaucoup moins convaincante.
Il concentre essentiellement son argumentation sur le Linceul de Turin, alors que ce dossier demeure complexe et discuté sur plusieurs points. Surtout, il laisse de côté l'ampleur des concordances scientifiques relevées par des chercheurs comme Jean-François Lavère ou Jean Aulagnier, sans chercher à expliquer positivement comment elles auraient pu apparaître si les visions n'avaient aucune source surnaturelle.
En définitive, ce chapitre révèle encore une fois l'impuissance de Gounon à atteindre le but qu'il s'était fixé : anéantir l'oeuvre de Maria Valtorta en prouvant par A + B qu'elle est fausse. C'est loin d'être le cas, et la méthode qu'il utilise plaide en sa défaveur et en faveur de l'oeuvre, car on comprend facilement que ses accusations sont purement partisanes, excluant tout point de vue contradictoire à celui qu'il adopte.
Les questions qu'il soulève ont un intérêt certain, mais ne le conduisent qu'à écrire un pamphlet, non une étude sérieuse et réfléchie.
Les chapitres suivants de Gounon auront-ils plus de tenue que les précédents ? C'est une espérance qui va rapidement être déçue, comme nous allons le voir.