Analyse critique du livre de Gounon sur Maria Valtorta - Chapitre 4

chap : Intro. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 concl.

4 - "Des messages qui ne peuvent pas venir de Dieu" ? Analyse critique du 4e chapitre de Gounon contre Maria Valtorta.

Contrairement aux chapitres précédents, qui reposaient surtout sur des considérations historiques ou générales, celui-ci s'attaque directement à des textes précis attribués au Père, au Christ ou à d'autres personnes célestes. C'est donc un chapitre qui mérite d'être examiné avec beaucoup de rigueur.

Résumé critique.

La thèse de René Gounon est simple :

Certains messages contenus dans les Cahiers ou les Carnets sont tellement incompatibles avec ce que l'on connaît de Dieu et du Christ qu'ils ne peuvent raisonnablement avoir une origine divine.

Pour étayer cette affirmation, il étudie quatre exemples.

1 - Le message du Père éternel adressé à Pie XII (23 décembre 1948)

Voir le texte ici : 23 décembre 1948, 11 h

Il s'agit d'une longue dictée que Maria Valtorta dit recevoir du Père éternel et qui est destinée au pape Pie XII.

Selon Gounon, ce texte pose plusieurs problèmes.

Il reproche au « Père éternel » :

- d'adresser au pape des reproches injustifiés : lesquels ?? Des mises en garde ne sont pas des reproches.

- de lui reprocher sa prudence envers une révélation privée encore en examen : plus qu'"encore en examen", menacée d'anéantissement par des félons.

D'autre part, c'est faux : le Père ne lui reproche pas sa prudence, Il lui demande d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, et lui assure pour cela de sa protection divine. "Je suis Père, et si l’un de mes enfants m’obéit, je viens à son secours, quelle que soit la mesure de la menace qui l'assaille."

- de lui annoncer que publier l'œuvre sera « la gloire de son pontificat ».

Analysons cet argument.

---> Non, Le texte ne dit pas cela, mais plutôt :

"ne déplais pas à ton Seigneur qui a voulu marquer ton pontificat par un don extraordinaire : une nouvelle annonce de l’Évangile qui vient confirmer l'ancienne, grâce à ton aide, ô Père de la chrétienté, et grâce à l’aide de toute la chrétienté, vers laquelle le Dragon maudit s’avance."

1 - Si l'on ne suppose pas l'authenticité de la lettre du 23 décembre 1948
Dans ce cas, Gounon est libre de soutenir que la gloire du pontificat de Pie XII fut la définition du dogme de l'Assomption en 1950. C'est une opinion tout à fait défendable.

D'ailleurs, historiquement, la proclamation de la constitution apostolique Munificentissimus Deus est généralement considérée comme l'un des actes majeurs du pontificat de Pie XII.
On ne peut donc pas réfuter cette affirmation uniquement par des arguments historiques.

2 - Si, en revanche, on suppose que la lettre est réellement de Dieu
Alors la situation change complètement.
Dans cette lettre, Dieu dit à Pie XII :
« ... ne déplais pas à ton Seigneur qui a voulu marquer ton pontificat par un don extraordinaire : une nouvelle annonce de l'Évangile qui vient confirmer l'ancienne... »

Le texte est très fort.
Il ne dit pas simplement :
« Je t'envoie un beau livre. »
Il affirme que ce don est destiné à marquer le pontificat de Pie XII.

Si l'on admet l'authenticité de la lettre, rien n'oblige à comprendre le mot « marquer » comme signifiant « être l'événement le plus glorieux ».

On peut distinguer plusieurs choses :
- la plus grande décision doctrinale publique d'un pontificat, son acte magistériel le plus célèbre ;
- et un don particulier que Dieu aurait voulu lui confier.
---> Ces catégories ne coïncident pas forcément.

- le dogme de l'Assomption est un acte du magistère extraordinaire ;
- l'Œuvre de Maria Valtorta, si elle était authentiquement inspirée, relèverait d'une révélation privée.
Ces deux réalités n'ont pas le même statut.

Un argument que Gounon oublie peut-être

Si l'on reste dans l'hypothèse de l'authenticité de la lettre, celle-ci est intéressante parce qu'elle ne dit pas :
« Tu rendras l'Œuvre obligatoire. »
Elle demande essentiellement au pape de ne pas repousser ce don et de l'aider à être connu.

---> Le texte ne demande donc pas de lui donner le rang d'un dogme.
Il parle d'un secours providentiel pour une époque de crise.

Une réflexion historique
Il existe aussi une certaine ironie historique.
En 1950, le monde catholique a retenu presque exclusivement :
- l'Assomption,
- l'Année Sainte,
- le rôle de Pie XII pendant la guerre.

Si, par hypothèse, Dieu avait réellement voulu faire de l'EMV un don majeur confié à ce pontificat, on pourrait dire que ce projet n'a pas été reçu comme le texte semblait l'espérer.
Cela ne prouverait pas que la lettre est fausse : dans la Bible, de nombreuses paroles prophétiques rencontrent d'abord le refus ou l'incompréhension. Mais cela montrerait que le "marquage" d'un pontificat peut être compris différemment par Dieu et par les historiens.

- Gounon affirme que la gloire du pontificat de Pie XII est l'Assomption. Certes, c'est probablement son acte magistériel le plus célèbre.
- Mais cela n'exclut pas que Dieu ait pu vouloir lui confier aussi un autre don, d'une nature différente.
- Si l'EMV est une authentique révélation privée, sa valeur ne dépend pas du fait qu'elle ait été l'événement public le plus marquant de son pontificat.

---> Ainsi, le véritable désaccord avec Gounon n'est pas de savoir
- quel fut le plus grand événement du pontificat de Pie XII, mais
- si l'EMV est réellement un don surnaturel confié à l'Église.
C'est cette question-là qui est première.

- Si l'on répond non, la phrase de la lettre n'a aucune autorité.
- Si l'on répond oui, alors elle doit être interprétée selon son propre vocabulaire (« marquer ton pontificat »), sans nécessairement l'opposer à la définition du dogme de l'Assomption, qui appartient à un tout autre registre.

- de le menacer d'un sort comparable à celui de Pilate : on verra plus loin toute la partialité de cette "lecture" si étrange du texte.

Pour Gounon :
- un tel ton est incompatible avec la sagesse divine ;
- Pie XII avait précisément le devoir d'être prudent ;
- le sommet du pontificat de Pie XII fut le dogme de l'Assomption, non une révélation privée.

Il conclut que ce texte ne peut venir du Père.

Analyse critique de ce message du Père céleste au pape Pie XII :

Ce qui frappe immédiatement

La première impression est celle d'un texte d'une remarquable densité biblique.

Presque chaque paragraphe renvoie à l'Écriture :
- Matthieu 16 ("les portes de l'enfer...")
- Apocalypse
- Ezéchiel
- Isaïe
- Baruch
- Jean 11
- Daniel
- Zacharie ("Je frapperai le pasteur...")
etc.

On n'a pas l'impression d'une succession de citations artificielles, mais d'une pensée qui semble circuler naturellement d'un texte biblique à l'autre.
Cela rappelle effectivement la manière dont parlent les prophètes.

Le ton

Le ton est étonnamment proche de celui de l'Ancien Testament.
On retrouve constamment ce mélange :
- avertissement,
- douleur,
- appel à la conversion,
- promesse d'aide,
- liberté laissée à l'homme.

Par exemple :
"Lis, lis, relis, médite, crains, pleure."
ou
"Que sont-ils sans moi ?"
Cette manière de parler rappelle Isaïe, Jérémie ou Ezéchiel.
Le texte ne cherche pas à flatter.
Il accuse.
Il supplie.
Il avertit.

La théologie

Elle est généralement très solide.

Par exemple :
"L'Enfer ne prévaudra pas, à condition que l'Église soit sainte..."
Cette phrase pourrait choquer si on la détachait de son contexte.
Mais le texte ne dit pas que l'Église cessera d'exister.
Il explique que la victoire concrète du démon sur les âmes dépend de la sainteté des pasteurs.
Or cela est profondément biblique.
La promesse : "Les portes de l'enfer ne prévaudront pas" n'a jamais voulu dire que toutes les générations de chrétiens seraient également ferventes. Elle garantit la victoire finale de l'Église. Le texte développe précisément cette distinction.

L'analyse historique

Ce passage est particulièrement marquant :
"L'Église se croit bien établie..."
Il établit un parallèle entre Israël avant la ruine de Jérusalem, et l'Église lorsqu'elle perd sa sainteté.
C'est exactement la logique des prophètes.
Dieu rappelle constamment :
"Vous êtes mon peuple... mais cela ne vous dispense pas de la fidélité."

Les références à Shebna

Les chapitres d'Isaïe 22 sont rarement cités.
Pourtant ils concernent précisément un haut responsable du Temple devenu indigne.
Le texte applique cette image à certains responsables ecclésiastiques.
C'est une lecture bibliquement très cohérente.

Comment est traité Pie XII

Autre détail intéressant :
Dieu ne flatte jamais Pie XII.
Il lui rappelle au contraire :
"Tu es mon serviteur..."
Il insiste davantage sur sa responsabilité que sur sa dignité.
C'est très biblique.
Dieu parle ainsi à Moïse, David, Salomon...

Les passage les plus délicats

"Ne méconnais pas Celui qui te parle dans l'Œuvre... Tu serais jugé pour cela."
"Si tu le repousses... c'est moi que tu atteins."

C'est ici que la lettre prend une portée exceptionnelle.
Elle affirme explicitement que l'Œuvre de Maria Valtorta est une parole venant de Dieu.
Une telle affirmation peut très bien être authentiquement divine, elle n'a rien d'illégitime.

En effet : qui ne comprendrait spontanément que si l'évêque du lieu, voire même le pape en personne, avait repoussé d'un revers de main les apparitions de Lourdes et Bernadette avec elles, il aurait été jugé pour cela.

L'avertissement a donc ici toute sa raison d'être, non comme une menace abrupte, mais comme un rappel de la Justice de Dieu, interdisant qu'on se moque délibérément de Lui.

Rejeter les oeuvres de Dieu, et aller même jusqu'à inverser le juste discernement à leur égard, n'est pas un détail : ce serait grave, et demanderait réparation.

Et voici maintenant la cause de la critique de Gounon :

"N'imite pas Pilate, sinon tu auras le même sort que lui : s’être lavé les mains ne l’as pas justifié. Il a manqué à la justice comme s’il avait condamné (Jésus) sans demander que d’autres s’en chargent, et même d’avantage. Mieux, étant donné qu’il avait le pouvoir, il aurait dû savoir faire taire les langues pécheresses."

---> Gounon est choqué par ce passage, car :

- il y découvre soudainement que Dieu est Justice ;
- il le coupe de la phrase précédente qui est un sincère encouragement sous forme d'injonction : "Agis en sorte que Dieu te soit favorable. Tu le peux. Tu es le Saint-Père, tu n’as pas d’excuse pour ne pas le faire."

Cependant, cette évocation de Pilate est parfaitement adaptée à la situation décrite par le Père céleste :

- Comme Pilate eut jadis entre ses siennes le sort du Christ, Pie XII a entre ses mains le sort d'une juste cause, que des censeurs sans scrupules cherchent à réduire à néant.

---> Il est parfaitement logique pour quelqu'un qui imiterait la lâcheté de Pilate d'en partager aussi la destiné, qui n'est d'ailleurs nul part explicitement décrite comme l'enfer.

- C'est le sort des puissants de devoir rendre des comptes d'autant plus rigoureux qu'ils auront eu des missions plus importantes et graves à accomplir que le commun des mortels. C'est ce que le Père céleste rappelle très justement à Pie XII en ces termes :

"Mais cette fois, c’est à toi directement que je m’adresse, toi le Vicaire de mon Christ et mon serviteur. Oui, parce que je suis Dieu et nul n'est plus grand que moi. Par rapport à moi, le Seigneur, tous sont de simples serviteurs, un rien devant le Tout divin que je suis.
Toi, toi au moins, évite d’être comme beaucoup, comme trop de personnes. Garde ta volonté à l’écart de la leur pour ne pas devenir leur complice. Tu es, toi, mon serviteur et eux sont les tiens, et tu es leur Chef suprême. Ta parole lie et délie, elle n’est inférieure qu’à la mienne. Comme tu me sers en toute sainteté et amour, ma parole s’unit à la tienne afin que ce soit Dieu qui s’exprime par ta bouche de Souverain Pontife."

Le style littéraire

Il est remarquable. Il y a peu de remplissage. Chaque phrase fait avancer la pensée.

On retrouve souvent un mouvement :
- de constat,
- de rappel biblique,
- d'interprétation,
- d'avertissement,
- d'espérance.
C'est une construction très maîtrisée.

"Une nouvelle annonce de l'Évangile qui vient confirmer l'ancienne"
Cela peut être comprise dans un sens orthodoxe (une révélation privée qui rappelle l'Évangile sans lui ajouter un nouveau dépôt de la foi), mais elle demande une lecture attentive pour éviter tout malentendu. L'Église enseigne en effet que la Révélation publique est achevée avec la mort du dernier apôtre ; une révélation privée ne peut qu'aider à mieux vivre cette Révélation, jamais la compléter.

Si l'on devait juger uniquement ce texte, sans tenir compte de son origine revendiquée ni de l'ensemble de l'œuvre de Maria Valtorta, on pourrait dire ceci de lui :

- il possède une très forte imprégnation biblique ;
- son ton rappelle souvent les grands discours prophétiques ;
- sa vision de la sainteté, de la responsabilité des pasteurs et du combat spirituel est largement compatible avec la doctrine catholique ;
- il est littérairement puissant et cohérent.

En revanche, le passage où le texte demande au pape de reconnaître explicitement l'Œuvre comme venant de Dieu constitue le point le plus délicat du discernement. Ce n'est pas une preuve contre son authenticité, mais c'est précisément l'affirmation qui exige le plus de prudence, car elle porte sur sa propre autorité.

En définitive, cette lettre peut être considérée comme théologiquement riche et sérieuse, avec de nombreux accents authentiquement bibliques.

Elle fournit des éléments qui peuvent être compatibles avec une inspiration spirituelle élevée, mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure qu'elle est une parole directement dictée par Dieu le Père.

Dans la perspective catholique, ce jugement demande toujours un discernement plus large, portant sur l'ensemble de l'œuvre, sa conformité à la foi, ses fruits spirituels et le jugement prudent de l'Église.

Pie XII et Maria Valtorta

- Pie XII avait d'excellentes raisons de croire dans les révélations surnaturelles, car il en avait déjà été comme le principal sujet, notamment dans les apparitions de Tre Fontane.

- Luigina Sinapi, petite âme privilégiée, avait à cette occasion gagné toute son estime et sa confiance, et ce fut elle qui alla défendre l'oeuvre de Maria Valtorta auprès du Saint Office, manquant ainsi de peu d'être violée par quelques-uns de ses membres. ( cf doc )

- Il est à noter, d'autre part, que la période de l'audience accordée par Pie XII aux promoteurs de l'oeuvre est celle où celui-ci est particulièrement sensible aux distorsions que l'on peut faire de l'Évangile. Il l'exprimera fermement, en 1950, dans son encyclique Humani Generis sur "quelques opinions fausses qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique".

---> Il n'aurait donc pas demandé à initier le processus de publication si l'œuvre de Maria Valtorta avait présenté un quelconque danger en la matière.

2 - Le message sur le Père Cordovani

Après la mort du père dominicain Alberto Cordovani, qui avait participé à l'examen critique négatif de l'œuvre, Maria rapporte une vision.
Elle voit le religieux souffrir au purgatoire.

Jésus lui dit qu'il y restera longtemps pour avoir combattu :
- Lui,
- Maria,
- et l'Œuvre.

"Le Purgatoire. J’y reconnais, à sa capuche et à son habit, le Père Cordovani. Son visage sort des flammes, et il a une expression tout à la fois éberluée et implorante. Il me regarde, mais il ne parvient pas à dire quoi que ce soit. Mais son regard douloureux et contrit parle pour lui. Le Seigneur prend la parole à sa place, et dit: "Tu vois ? Tu le reconnais ? Il est là, et il y restera très, très longtemps, pour le seul motif qu’il nous a combattus, moi, toi et l’Œuvre, et qu’il a agi contre la sagesse, la charité et la justice. Note ce que tu vois, brièvement, ainsi que mes paroles, avec la plus grande exactitude. Car c’est la vérité pour celui que tu vois et pour beaucoup de ceux qui ont agi ou agiront comme lui."

Gounon juge cette scène très choquante.

Selon lui :

- Jésus ne manifeste aucune compassion ;
- il semble presque inviter Maria à constater le châtiment de son adversaire ;
- aucun appel à la prière n'est formulé.

Il cite également un autre message annonçant que les principaux adversaires de l'œuvre connaîtront un châtiment sévère et que Maria apprendra leur mort puis les verra souffrir.

Pour Gounon, un tel esprit est contraire :

- au pardon des ennemis ;
- à la charité ;
- à l'Évangile.

---> Mais le seul problème avec l'analyse que fait Gounon, c'est qu'elle est totalement fausse.

Il faut distinguer trois niveaux.

1 - La possibilité théologique

Sur le plan doctrinal, rien n'est impossible dans ce passage.
La tradition catholique connaît de nombreux cas où des saints ont reçu la vision de l'état d'une âme après sa mort.

On peut citer notamment :
- sainte Catherine de Gênes,
- sainte Brigitte de Suède,
- sainte Faustine,
- saint Jean Bosco,
- le saint Curé d'Ars (dans certains témoignages),
- le saint padre Pio (selon plusieurs récits).

---> Voir une âme au purgatoire n'est donc pas contraire à la foi catholique.
---> Le fait que cette âme souffre longtemps non plus.
---> Le fait de ne pas demander de prière pour son soulagement non plus.
Car dans le grand purgatoire (cf le "Manuscrit du purgatoire" (*)), l'âme souffre exactement comme en enfer, et aucun suffrage (Messe ou prière) adressé à Dieu n'a alors pour elle d'efficacité : elle doit souffrir en ce lieu profond et terrible le temps qu'elle doit à la Justice Divine gravement offensée par elle.

Dans le manuscrit du purgatoire, l'âme de la religieuse y expia ses fautes pendant 2 ans, puis 16 ans dans les purgatoires supérieurs. Mais d'autres témoignages parlent de peines allant de plusieurs dizaines d'années à un siècle et plus !

---> Il n'y a donc aucune invraisemblance ni aucun manque de charité dans le présent témoignage du Christ au sujet du père Cordovani.

( (*) Vers 1874, dans un couvent des Augustines de Valognes (Normandie), une religieuse meurt. Peu après sa mort, elle commence à apparaître à une autre religieuse du même couvent, Sœur Marie de la Croix. Ces visites se prolongent pendant plusieurs années. L'âme explique qu'elle est au purgatoire et qu'elle vient demander des suffrages (messes, prières, sacrifices), mais aussi enseigner ce qu'est réellement le purgatoire.

L'âme insiste également sur un point frappant : beaucoup de personnes pieuses passent par un purgatoire long, non parce qu'elles auraient forcément commis de grands péchés, mais en raison d'attachements, de négligences ou d'un manque de générosité envers Dieu.

L'une des caractéristiques qui a contribué à la diffusion du livre est justement son absence de sensationnalisme. Contrairement à certaines révélations privées qui décrivent abondamment les peines de l'au-delà, le Manuscrit du Purgatoire reste centré sur la justice et la miséricorde divines, dans un ton calme et recueilli. )

2 - Le contenu du reproche

Le Seigneur dit :
« Il y restera très, très longtemps, pour le seul motif qu'il nous a combattus, moi, toi et l'Œuvre... »
À première lecture, cette phrase peut choquer.
Elle pourrait donner l'impression que Dieu condamne un homme simplement parce qu'il n'a pas cru Maria Valtorta.

Mais si l'on poursuit la phrase, le motif est précisé :
« ...et qu'il a agi contre la sagesse, la charité et la justice. »

Autrement dit, le reproche ne serait pas seulement une erreur de discernement, mais une manière de l'exercer : manque de justice, de prudence et de charité.

Dans la théologie catholique, cela est beaucoup plus compréhensible.
L'Écriture enseigne que les responsables de l'Église seront jugés plus sévèrement :
« À qui l'on a beaucoup donné, il sera beaucoup demandé » (Lc 12,48).
Et saint Jacques écrit :
« Ne soyez pas nombreux à devenir maîtres, sachant que nous serons jugés plus sévèrement » (Jc 3,1).

Or le rôle du père Alberto Cordovani dans l'apparition des obstacles sur la route de l'oeuvre fut avéré et important.

Le cas particulier du Père Cordovani

Il a joué un rôle important dans les discussions autour de l'œuvre de Maria Valtorta.
Cette vision exprime donc une vérité spirituelle profonde : un homme très cultivé peut manquer un appel de Dieu en raison de son attitude intérieure.

Ce qui paraît le plus intéressant

Le texte ne dit pas :
« Il est en enfer. »
Au contraire.
Il est sauvé.
Il est au purgatoire.

---> Cela signifie que Dieu ne le présente pas comme un ennemi définitivement perdu, mais comme une âme appelée à la sainteté au prix d'une purification.

C'est une nuance importante qui échappe à Gounon.

---> Pour lui, c'est une condamnation sans aucune miséricorde.

---> Mais la vérité : c'est que le purgatoire est l'ultime charité que Dieu déploie en faveur des pécheurs non encore purifiés.

Appréciation générale de ce passage

- il n'est pas contraire à la doctrine catholique ;
- il est possible dans le cadre d'une révélation privée ;
- Il peut inviter à une réflexion spirituelle plus générale : les responsabilités exercées dans l'Église exigent une grande justice, une profonde charité et une véritable humilité. C'est cet enseignement universel qui peut être reçu indépendamment de la question de savoir si la vision elle-même est historiquement et surnaturellement authentique.

Enfin, un détail mérite d'être relevé : si le texte avait voulu simplement "régler des comptes" avec un adversaire, il aurait été plus spectaculaire de le montrer damné. Le fait qu'il soit présenté comme sauvé, mais en voie de purification, est au contraire plus conforme à la logique catholique de la miséricorde et de la justice. Cela ne prouve pas l'origine divine du passage, mais cela lui donne une tonalité différente d'une simple condamnation polémique.

Encore une fois, Gounon échoue dans sa thèse dirigée contre Maria Valtorta.

3 - Le reproche adressé aux évangélistes

---> Dans ce passage célèbre de l'« Adieu à l'Œuvre », Jésus explique en quoi elle peut compléter les Évangiles.

Il déclare notamment que certains épisodes n'ont pas été rapportés à cause de l'incorrigible mentalité d'hébreux des évangélistes.

Pour Gounon :

- cette phrase est inadmissible. Non : elle est plausible ! nul part par exemple, les Evangélistes ne parlent de la rencontre entre le Christ et Syntica l'esclave grecque, ni de celles avec les patriciennes romaines. Or on connaît le dégoût et le mépris qu'avaient les hébreux pour ces peuples idolâtres, perdus dans la mythologie.

- elle revient à accuser les évangélistes d'avoir volontairement caché certains faits : or sans que cela lui pose le moindre problème, saint Jean l'avoue pourtant lui-même, disant très clairement : "Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre." (Jn 20,30) "Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses." (Jn 21,25) Mais tout cela n'étaient pas essentiel à la Révélation.

---> Les évangélistes ont effectué un choix inspiré par leur contexte culturel et pastoral, sans que cela remette en cause la vérité de ce qu'ils ont écrit.

- elle jette une suspicion sur les Évangiles inspirés : aucunement, puisque tout ce qui était primordial de savoir sur la Vie du Christ a été dûment rapporté.

- Il ajoute que Luc n'était pas juif, ce qui rend la remarque encore plus étrange : on ne sait que peu de chose sur saint Luc ( peut-être un syrien d'Antioche, médecin ).
Par contre, la seule chose qui soit étrange ici, c'est la très grande stupidité de la remarque de Gounon : saint Luc n'a fait qu'interroger les témoins directs qui étaient juifs, donc s'il se trouve des lacunes dans son Evangile, c'est également en raison du témoignage incomplet de personnes juives.

Il estime donc que ce Jésus ne peut être le Christ.

---> Voici pourquoi bien au contraire, tout porte à croire qu'il le soit réellement.

Le point central est la phrase :
« ... derrière d'épais rideaux de silence que les Évangélistes ont laissé tomber à cause de leur infrangible mentalité d'hébreux à propos d'épisodes qu'ils n'approuvaient pas. »

Gounon en déduit :
« Le Christ ne pourrait jamais parler ainsi des évangélistes qu'il a lui-même choisis. Donc ce n'est pas Jésus qui parle. »

C'est un argument qui paraît fort... mais seulement si cette phrase ne peut recevoir qu'un seul sens.

Or ce n'est pas le cas.

1. Jésus critique souvent les limites humaines de ses disciples
Dans les Évangiles, Jésus n'idéalise jamais ses apôtres.
Il leur dit par exemple :
« Hommes de peu de foi » (Mt 8,26)
« Êtes-vous donc sans intelligence ? » (Mt 15,16)
« Arrière de moi, Satan » à Pierre (Mt 16,23)
« Vous ne savez pas ce que vous demandez » (Mc 10,38)
Après la Résurrection encore :
« Ô hommes sans intelligence et lents à croire... » (Lc 24,25)

Autrement dit, Jésus reconnaît constamment les limites humaines de ceux qu'il a choisis.
---> Il n'y a donc rien d'impossible, en principe, à ce qu'il évoque leur culture juive.

2. Les évangélistes avaient réellement une mentalité juive
C'est même une évidence historique.
Tous les exégètes modernes l'enseignent.
Ils écrivent :
- pour des communautés particulières ;
- avec une sensibilité propre ;
- en sélectionnant certains épisodes.

---> Et il n'y a aucune incohérence à penser qu'ils se limiterent par exemple au seul épisode du centurion pour évoquer le contact entre Jésus et le monde romain, durant sa Vie publique avant sa Passion, en raison de leur mentalité juive qui répugnait à considérer les païens.

Examinons :

Les sept raisons qui justifient le don de l'oeuvre

Elles sont remarquablement cohérentes.
Aucune n'est de nature à remplacer l'Évangile, bien au contraire.

Elles peuvent être résumées ainsi :
- défendre les vérités fondamentales de la foi ;
- redonner le goût de l'Évangile ;
- former les directeurs spirituels ;
- mieux faire connaître Jésus et Marie ;
- approfondir la Passion ;
- montrer les effets de la Parole sur les âmes ;
- expliquer le mystère de Judas.

Autrement dit, l'œuvre ne prétend pas annoncer une doctrine nouvelle.
Elle prétend développer des aspects déjà présents.
C'est une différence importante.

Compatibilité avec la doctrine catholique

« On n'a rien ajouté à la Révélation, mais on a comblé les lacunes... »

Cette affirmation répond précisément à l'objection classique :
« La Révélation est close. »
Le texte ne répond pas :
« Elle est rouverte. »
Il répond :
« Elle est complète ; mais Dieu peut encore éclairer ce qu'elle contient déjà. »

C'est, en substance, ce que l'Église dit des révélations privées : elles n'ajoutent rien au dépôt de la foi, mais peuvent aider certains fidèles à vivre plus pleinement l'Évangile.

La formulation de Maria Valtorta va plus loin en parlant de « combler les lacunes » du récit évangélique, ce qui demande un discernement attentif. Il faut comprendre ces « lacunes » comme des silences narratifs, et non comme des manques doctrinaux.

Une qualité remarquable : le recentrage sur le Christ

Beaucoup de révélations privées finissent par attirer l'attention sur le voyant.
Ici, c'est presque l'inverse.

L'objectif est constamment :
« mieux me connaître »,
« réveiller l'amour de l'Évangile »,
« vous pousser à nous aimer davantage ».

---> Le centre reste Jésus.

Une psychologie étonnamment fine

Tout le développement sur Judas est particulièrement remarquable.
Il n'est pas présenté comme un monstre.
Il est montré comme un homme qui glisse progressivement.

Cette approche rejoint beaucoup la psychologie biblique.
De même, le contraste entre les Onze et Judas est utilisé pour montrer le rôle de la liberté humaine.
On retrouve ici une anthropologie très proche de saint Augustin ou de saint Thomas :
Dieu donne la grâce ; l'homme demeure libre.

La vision pastorale
Le troisième objectif est particulièrement riche.
Jésus explique qu'il faut conduire les âmes différemment selon leur situation :
- le juste ;
- le pécheur ;
- le païen ;
- les chrétiens séparés.

Et il ajoute :
« Qu'on ne méprise personne. »

---> Cette phrase est profondément évangélique.
Elle rappelle immédiatement :
- le Bon Pasteur,
- la brebis perdue,
- Zachée,
- la Samaritaine.

Encore une fois, l'accusation de Gounon aboutit à un non lieu.

4 - Jésus renonce à poursuivre son œuvre

Enfin Gounon cite un texte de 1953.
Jésus annonce qu'il cesse les explications prévues sur plusieurs livres bibliques.
Pourquoi ?
Parce que l'œuvre rencontre trop d'oppositions.

Selon Gounon :

- le Christ ne peut renoncer à répandre des grâces sous prétexte de difficultés. Tiens donc !

les saints ont toujours persévéré malgré les obstacles ; Jésus cesse simplement une forme particulière de révélation en raison de l'accueil qui lui est réservé, sans renoncer à sauver les âmes par d'autres moyens. Dans l'histoire biblique, Dieu suspend parfois certaines interventions en réponse à l'infidélité des hommes, sans que cela signifie une impuissance ou un abandon de son dessein.

un tel découragement est incompatible avec le Christ. C'est bizarre que la Parole de Dieu arrive à la conclusion inverse ! Nous allons tout de suite voir cela de plus près.

Il conclut que ce « Jésus » n'est pas Jésus. Il faut dire qu'on s'y attendait un peu. Mais la question est : cette conclusion est-elle fondée ?

640.8 - Et au terme de l’Œuvre je dois mettre encore une fois la plainte que j’ai mise à la fin de chaque année évangélique, et dans la douleur de voir mépriser mon don, je vous dis : "Vous n’aurez pas autre chose puisque vous n’avez pas su accueillir ce que je vous ai donné". Et je vous dis aussi ce que je vous ai fait dire pour vous rappeler sur le droit chemin l’été passé (21-5-46) : "Vous ne me verrez pas jusqu’à ce que vienne le jour dans lequel vous direz : "Béni Celui qui vient au nom du Seigneur".
EMV 640 - La Pentecôte

---> Ici encore, contre une révélation qu'il estime fausse, Gounon semble se poser en défenseur d'un Dieu dont il méconnaît la Parole, et son raisonnement se retourne logiquement contre lui.

Car toute l'histoire biblique montre que Dieu ne laisse pas indéfiniment mépriser ses dons. Lorsqu'un don divin est obstinément repoussé, Dieu finit par le retirer et laisse les hommes subir les conséquences de leur refus.

Cette logique parcourt toute l'Écriture :

- Adam et Ève perdent le Paradis après avoir rejeté le commandement de Dieu (Gn 3).
- Caïn est maudit après avoir refusé la conversion et tué son frère (Gn 4).
- Le Déluge survient lorsque l'humanité rejette obstinément Dieu (Gn 6-9).
- Sodome et Gomorrhe sont détruites après un endurcissement généralisé (Gn 19).
- Les habitants de Ninive, au contraire, échappent au châtiment parce qu'ils accueillent l'avertissement transmis par Jonas (Jon 3). Cet épisode montre que la menace divine est ordonnée à la conversion, non à la condamnation.
- Le roi Saül perd la royauté parce qu'il refuse d'obéir à Dieu ; l'Esprit du Seigneur se retire de lui (1 S 15-16).
- Jésus ordonne aux apôtres : « Si l'on ne vous accueille pas et si l'on n'écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds » (Mt 10,14). Le don est retiré à ceux qui le refusent.
- Les talents sont retirés au serviteur infidèle : « Ôtez-lui donc le talent » (Mt 25,28).
- Jésus pleure sur Jérusalem en annonçant : « Votre maison vous sera laissée déserte » (Mt 23,38).
- Le voile du Temple se déchire au moment de sa mort (Mt 27,51), signe de la fin de l'ancienne économie cultuelle.
- le Temple est détruit en l'an 70, conformément aux annonces du Christ.
- Aux Églises de l'Apocalypse, le Christ menace : « Je viendrai à toi et j'ôterai ton chandelier de sa place » si elles ne se convertissent pas (Ap 2,5).

---> L'idée que Dieu cesse de donner cette révélation parce qu'elle est méprisée n'a donc rien d'étranger à la Bible. Au contraire, elle s'inscrit dans une constante de l'histoire du salut : Dieu offre, avertit, patiente, puis retire son don lorsque celui-ci est obstinément rejeté.

- Dieu a offert un don extraordinaire à son Église.
- Ce don a été accueilli avec méfiance, incompréhension ou hostilité.
- Par conséquent, Jésus déclare qu'il ne continuera pas à accorder de nouvelles révélations de cette ampleur.
Ce n'est pas parce qu'il n'aurait plus rien à dire, mais parce que les hommes ont montré qu'ils ne voulaient pas recevoir ce qui leur était donné.

---> Cette idée s'inscrit dans un thème biblique très ancien : Dieu cesse parfois de parler lorsque sa parole est constamment rejetée.

On retrouve ce principe, par exemple :

- chez les prophètes d'Israël, lorsque Dieu annonce qu'il retirera sa parole à un peuple rebelle ;
- dans les Évangiles, lorsque Jésus cesse de répondre à Hérode (Lc 23,9) ;
- ou encore dans la parole : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, ne jetez pas vos perles devant les pourceaux » (Mt 7,6).

---> Pour Gounon, c'est le contact avec le fond de l'océan. Cependant, cela ne l'empêchera pas de creuser encore plus profond.

Que penser de ce chapitre ?

Toutes les conclusions de Gounon reposent sur une interprétation très univoque des textes, alors que d'autres lectures sont possibles sans contredire la doctrine catholique. Il tend à présenter comme nécessaire une interprétation qui ne l'est pas.

En définitive, ce chapitre se révèle impuissant à fournir une démonstration cohérente de la fausseté de l'œuvre.

Les textes qu'il cite sont parfois déroutants et demandent un travail d'exégèse beaucoup plus fin, tenant compte du contexte complet des passages, du genre littéraire des révélations privées et des principes traditionnels de leur discernement dans l'Église. C'est seulement à cette condition que l'on peut évaluer avec équité la portée des objections soulevées.

Le résultat de ce chapitre est extrêmement faible, voire nul, excepté en ce qu'il nous a permis de lire quelques très beaux passages de l'oeuvre.

Nous verrons si le chapître suivant en vaut davantage la peine, mais dès maintenant, nous pouvons annoncer que ce ne sera pas le cas.

 

Information icon

Nous avons besoin de votre consentement pour charger les traductions

Nous utilisons un service tiers pour traduire le contenu du site web qui peut collecter des données sur votre activité. Veuillez consulter les détails dans la politique de confidentialité et accepter le service pour voir les traductions.