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8 - "De très mauvais fruits" ? Analyse critique du 8e chapitre de Gounon contre Maria Valtorta.
Ce chapitre 8 quitte progressivement le terrain des critiques textuelles ou historiques pour aborder un critère de discernement spirituel que l'Église utilise réellement : les fruits (cf. Matthieu 7,16 : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »).
En revanche, c'est aussi l'un des chapitres où son raisonnement est le plus discutable, car il repose souvent sur des appréciations personnelles et des généralisations qui ne sont pas démontrées.
Résumé critique du chapitre
René Gounon soutient que, contrairement à ce qu'affirment les défenseurs de Maria Valtorta, l'œuvre ne produit pas de bons fruits mais de mauvais.
Son argumentation se développe en trois parties.
1. "Les conversions invoquées ne prouvent rien"
Selon lui :
- les témoignages publiés par les associations valtortiennes sont peu convaincants ;
---> L'affirmer ne suffit pas. En histoire comme en critique des sources, un témoignage ne se rejette pas parce qu'il provient d'une association favorable, mais parce qu'il est faux, contradictoire, invérifiable ou contredit par des preuves plus solides.
Or René Gounon se contente souvent d'écarter ces témoignages parce qu'ils sont favorables à Maria Valtorta. C'est une manière de raisonner circulaire : tout témoignage favorable devient suspect précisément parce qu'il est favorable.
1. L'origine d'un témoignage ne suffit pas à l'invalider
Une association de promotion est évidemment favorable à l'œuvre qu'elle défend. Mais cela ne rend pas automatiquement les documents faux.
Par exemple :
- les procès de canonisation utilisent de nombreux témoignages recueillis par les postulateurs ;
- les sanctuaires de Lourdes ou de Fatima publient eux-mêmes quantité de témoignages ;
- les associations consacrées à Padre Pio font exactement la même chose.
Ce qui compte est donc :
- les documents originaux ;
- les dates ;
- les signatures ;
- les recoupements.
Pas le fait qu'ils soient publiés par une association.
Les faits consultables sur Maria-Valtorta.org et sur Wiki Maria Valtorta l'encyclopédie Valtortienne sont sérieux et documentés. Gounon quant à lui, invente des hypothèses farfelues pour échapper à ce rapport des faits.
2. Beaucoup de témoignages sont indépendants
Dans le dossier Valtorta, on ne trouve pas seulement des affirmations anonymes.
On dispose notamment de témoignages concernant :
- le saint Padre Pio ;
- le bienheureux Gabriele Allegra ;
- Mgr Gabriel Maria Roschini ;
- Mgr Alfonso Carinci ;
- Pie XII (par plusieurs témoins distincts concernant l'audience de 1948) ;
- Mère Teresa.
Tous ces témoignages n'ont évidemment pas la même force historique, mais ils ne peuvent pas être écartés d'un revers de main simplement parce qu'ils sont favorables.
3. Deux poids, deux mesures
Gounon accepte volontiers :
- les souvenirs du P. Berruti écrits plus de dix ans après les faits ;
- certains articles du Saint-Office ;
- des correspondances défavorables.
---> Mais lorsque des témoignages favorables existent, il les déclare immédiatement « peu convaincants ».
Autrement dit :
- les témoignages défavorables seraient présumés crédibles ;
- les témoignages favorables seraient présumés suspects.
Une méthode historique équilibrée devrait appliquer les mêmes critères aux deux catégories.
4. Le vrai travail consiste à discuter les faits
Il serait plus rigoureux de prendre chaque témoignage séparément :
- est-il contemporain ?
- est-il signé ?
- est-il corroboré ?
- existe-t-il des témoins indépendants ?
- comporte-t-il des contradictions ?
---> C'est ainsi que travaille l'historien.
Le discrédit global porté sur « les témoignages valtortiens » ne remplace pas cette analyse.
- écouter l'EMV pendant le repassage ou au petit-déjeuner ne constitue pas une preuve de sainteté ;
C'est parfaitement exact... mais personne ne le prétend. Il répond ici à un argument qui n'existe pas.
Les défenseurs de Maria Valtorta n'affirment pas que les circonstances de la lecture sanctifient automatiquement le lecteur. Ils soulignent simplement que beaucoup de personnes intègrent cette œuvre dans leur vie quotidienne parce qu'elle les aide à prier, à méditer l'Évangile et à demeurer tournées vers le Christ.
Ce n'est donc pas l'acte matériel d'écouter l'œuvre qui est invoqué comme signe positif, mais les fruits spirituels qu'elle produit chez de nombreux lecteurs : retour aux sacrements, redécouverte de la prière, amour renouvelé de l'Évangile, désir plus profond de suivre le Christ.
Le même raisonnement vaudrait pour la Bible elle-même. Lire les Évangiles dans le train, écouter un chapelet en voiture ou une conférence biblique en préparant le repas ne constitue évidemment pas une preuve de sainteté. Cela ne signifie pas pour autant que ces pratiques soient sans valeur spirituelle. Ce qui importe n'est pas le moment où l'on écoute, mais l'effet que cette écoute produit dans la vie du croyant.
L'Église n'a jamais considéré qu'une révélation privée devait être jugée d'après les circonstances matérielles de sa lecture. Parmi les critères classiques figurent
- la conformité à la foi,
- l'équilibre de la personne concernée
- et surtout les fruits spirituels durables (conversions, croissance dans la charité, fidélité à la vie chrétienne).
C'est sur ce terrain que la discussion devrait porter, et non sur le fait qu'une personne écoute l'œuvre en repassant son linge.
- quelques conversions individuelles ne permettent pas d'établir une règle générale ;
---> Là encore, Gounon a raison sur un point de principe, mais son argument manque sa cible.
Personne ne soutient sérieusement que quelques conversions suffisent, à elles seules, à démontrer l'origine divine d'une révélation privée. L'Église elle-même ne raisonne jamais ainsi. En revanche, les fruits spirituels constituent un indice positif, parmi d'autres, dans le discernement.
La tradition catholique n'a jamais considéré les fruits spirituels comme une preuve mathématique ; elle les regarde comme un signe important parmi d'autres. Jésus lui-même enseigne : « C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7,16). Les fruits ne dispensent donc pas d'examiner la doctrine, mais ils font partie intégrante du discernement.
Ce qui serait étonnant, ce ne serait pas que quelques personnes se convertissent ;
ce serait qu'une œuvre lue depuis près de quatre-vingts ans, traduite dans de nombreuses langues et diffusée à des centaines de milliers de lecteurs, produise durablement des conversions, un retour aux sacrements, un amour renouvelé de l'Évangile, des vocations, une vie de prière plus profonde, sans qu'il faille en tenir aucun compte (!??) Ces fruits ne prouvent pas l'origine divine de l'œuvre, mais ils rendent difficile l'idée qu'elle serait simplement nuisible ou inspirée par le démon.
- il estime improbable que quelqu'un soit conduit au Christ par Maria Valtorta alors que les Évangiles n'y seraient pas parvenus.
Voici l'un des arguments les plus faibles de Gounon, car il repose sur une fausse alternative :
- soit les Évangiles suffisent toujours à toucher tout le monde,
- soit toute aide supplémentaire serait inutile.
Or toute l'histoire de l'Église montre exactement l'inverse.
Dieu se sert de médiations extrêmement diverses pour conduire les âmes à Lui. Si les Évangiles suffisaient toujours, à eux seuls, à toucher immédiatement tous les cœurs, il n'y aurait jamais eu besoin de prédicateurs, de catéchistes, de commentaires bibliques, de vies de saints, de retraites spirituelles ou de révélations privées.
1. Les Évangiles suffisent... mais tous ne les reçoivent pas de la même manière
L'Église enseigne que les Évangiles contiennent tout ce qui est nécessaire au salut.
Mais cela ne signifie pas que chacun soit immédiatement touché par leur lecture.
Saint Pierre lui-même écrit à propos des lettres de saint Paul :
« Il s'y trouve des passages difficiles à comprendre... » (2 P 3,16).
---> L'Écriture est suffisante, mais le lecteur, lui, ne l'est pas.
2. Dieu utilise constamment des intermédiaires
Si Gounon avait raison, on pourrait poser une foule de questions analogues :
- Pourquoi lire saint Augustin si les Évangiles suffisent ?
- Pourquoi lire sainte Thérèse de Lisieux ?
- Pourquoi lire saint Louis-Marie Grignon de Montfort ?
- Pourquoi écouter une homélie ?
- Pourquoi faire du catéchisme ?
- Pourquoi les Pères de l'Église ont-ils écrit des milliers de pages ?
La réponse est simple : parce que Dieu se sert d'instruments humains pour conduire chacun selon sa sensibilité.
3. Maria Valtorta ne prétend pas remplacer les Évangiles
C'est un point essentiel.
Le but déclaré de l'œuvre est précisément de faire aimer davantage le Christ des Évangiles.
Beaucoup de lecteurs témoignent d'ailleurs qu'après avoir découvert Maria Valtorta :
- ils lisent davantage les Évangiles ;
- ils comprennent mieux le contexte des scènes évangéliques ;
- leur prière devient plus évangélique.
---> Si ces témoignages sont sincères, l'œuvre agit donc comme une médiation, non comme un substitut.
4. L'histoire de l'Église fournit d'innombrables exemples
Combien de conversions sont passées par :
- la lecture des Confessions de saint Augustin ?
- l'Histoire d'une âme de sainte Thérèse de Lisieux ?
- les écrits du Curé d'Ars ?
- les homélies de grands prédicateurs ?
Personne n'en conclut que ces œuvres remplacent l'Évangile.
On dit simplement qu'elles conduisent à lui.
Les Évangiles eux-mêmes montrent que Jésus n'a jamais conduit toutes les personnes de la même manière.
- À Nicodème, il parle de la nouvelle naissance ;
- à la Samaritaine, de l'eau vive ;
- à Zachée, de conversion ;
- aux malades, Il apporte la guérison ;
- à des endeuillés, la résurrection ;
- aux disciples d'Emmaüs, il explique les Écritures ;
- à Thomas, il montre ses plaies ;
etc.
---> Si le Christ adapte sa pédagogie aux personnes, pourquoi Dieu ne pourrait-il pas, dans sa Providence, utiliser des œuvres spirituelles différentes pour conduire certaines âmes à redécouvrir l'unique Évangile ?
Cette possibilité ne prouve pas que l'œuvre de Maria Valtorta soit d'origine divine, mais elle suffit à montrer que l'objection de Gounon ne tient pas.
- Il ajoute que la diffusion mondiale de l'œuvre n'a provoqué aucun renouveau visible de la pratique religieuse.
Cet argument est, là encore, plus rhétorique que démonstratif. Il peut être nuancé de plusieurs façons.
- Tout d'abord, l'absence d'un « grand réveil visible » ne constitue pas un critère de discernement reconnu par l'Église. De nombreuses figures aujourd'hui universellement reconnues ont exercé une influence immense sans provoquer, de leur vivant, un bouleversement statistique de la pratique religieuse.
Ensuite, les fruits spirituels sont souvent discrets et personnels. Les révélations privées, lorsqu'elles sont authentiques, ne sont pas destinées à transformer d'un coup toute l'Église, mais à aider certaines personnes dans une époque donnée.
- Lourdes n'a pas fait disparaître l'incroyance ;
- Fatima n'a pas empêché les guerres mondiales ;
- le Petit Journal de sainte Faustine est aujourd'hui très diffusé sans que l'on puisse lui attribuer, à lui seul, une hausse mesurable de la pratique dominicale.
Ensuite, l'affirmation de Gounon est difficile à démontrer.
Sur quoi repose-t-elle ? Existe-t-il des études montrant que l'œuvre de Maria Valtorta n'a eu aucun impact ? À ma connaissance, non. C'est davantage une impression qu'un constat objectivement établi.
Au contraire, les défenseurs de l'œuvre mettent en avant de très nombreux témoignages de conversions, de retours à la confession, de redécouverte des Évangiles, de vocations sacerdotales ou religieuses, et d'approfondissement de la vie de prière. Ces témoignages ne prouvent évidemment pas l'origine surnaturelle de l'œuvre, mais ils montrent qu'il est excessif d'affirmer qu'elle n'a produit « aucun renouveau ».
---> Si l'on appliquait ce critère à l'Évangile lui-même, il conduirait à une conclusion simplement absurde !
Malgré deux mille ans de christianisme :
- la pratique religieuse diminue dans de nombreux pays ;
- les guerres n'ont pas disparu ;
- les injustices subsistent.
---> Personne n'en conclut pour autant que l'Évangile serait inefficace ou faux. Les fruits de la grâce dépendent aussi de la liberté humaine.
Dieu travaille souvent dans le petit nombre plutôt que dans les grands chiffres.
Le Christ compare le Royaume :
- à une graine de moutarde (Mt 13,31-32) ;
- à un peu de levain dans la pâte (Mt 13,33) ;
- à une semence qui pousse silencieusement (Mc 4,26-29).
---> Autrement dit, l'action de Dieu n'est pas nécessairement spectaculaire ni immédiatement mesurable.
Pour lui, les "bons fruits" sont donc très largement exagérés.
On mesure toute la subjectivité de ce jugement, largement étayé par rien.
2. Premier mauvais fruit : la division
Il affirme que l'œuvre divise profondément les catholiques.
Selon lui :
- on trouve des camps "pour" et "contre" ;
Cet argument est très faible, car il confond la cause de la division avec l'existence d'un débat.
Gounon reproche à l'œuvre de Maria Valtorta de diviser les catholiques, en opposant des partisans et des adversaires. Mais ce constat ne démontre absolument rien quant à son authenticité. L'histoire de l'Église montre que presque toutes les grandes réalités spirituelles ont suscité de profondes controverses :
- le procès de sainte Jeannes d'Arc,
- les apparitions de Lourdes,
- de Fatima,
- le culte de la Divine Miséricorde confié à sainte Faustine,
- ou encore les écrits de saint Louis-Marie Grignion de Montfort
ont connu de fortes oppositions avant d'être largement reconnus. La division ne constitue donc pas un critère de fausseté.
---> En réalité, ce ne sont pas les œuvres elles-mêmes qui divisent, mais les réactions qu'elles suscitent. Jésus lui-même a déclaré : « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division » (Lc 12,51). Cette parole ne signifie évidemment pas que le Christ serait mauvais, mais que la vérité provoque souvent des prises de position opposées.
---> Si l'on suivait le raisonnement de Gounon, il faudrait conclure que la Bible elle-même est suspecte, puisqu'elle est, depuis vingt siècles, l'objet de débats, de controverses et même de schismes. De même, les conciles, les dogmes mariaux ou encore le concile Vatican II ont profondément divisé les catholiques. La division ne prouve donc pas la fausseté d'une œuvre ; elle montre seulement que le sujet touche des questions importantes.
---> Ce n'est pas Maria Valtorta qui a lancé la polémique. Pendant des décennies, ses lecteurs ont lu son œuvre sans chercher la confrontation. Ce sont principalement les attaques répétées de certains détracteurs qui ont suscité des réponses.
Il est donc inexact de présenter la division comme un « fruit » propre de l'œuvre, alors qu'elle résulte aussi des controverses entretenues autour d'elle.
L'existence de deux camps n'est pas un critère de discernement. La seule question pertinente demeure :
les objections formulées contre l'œuvre sont-elles fondées ?
Si elles ne le sont pas, le fait qu'elles aient provoqué une controverse ne dit rien contre Maria Valtorta.
- les discussions deviennent passionnelles ;
Là encore, l'argument de Gounon est davantage psychologique que logique. Ce fait n'a en effet aucune valeur démonstrative.
Gounon observe que les discussions autour de Maria Valtorta deviennent souvent passionnelles. C'est exact... mais cela ne prouve absolument rien quant à l'authenticité de l'œuvre.
Les sujets qui touchent à la foi, à la vérité ou à l'autorité de l'Église ont toujours suscité des débats vifs.
Les controverses sur :
- l'arianisme,
- le jansénisme,
- Vatican II,
- les apparitions mariales
- ou la liturgie
ont souvent été passionnées, sans que cette intensité émotionnelle permette de conclure à la vérité ou à la fausseté des positions en présence.
En réalité, ce ne sont pas les lecteurs de Maria Valtorta qui ont ouvert les hostilités. Les discussions deviennent passionnelles parce que certains détracteurs présentent l'œuvre comme dangereuse, trompeuse, voire d'origine démoniaque. Il est inévitable que des lecteurs profondément transformés par cette lecture réagissent lorsqu'ils estiment que ces accusations sont injustes. L'intensité des échanges est donc largement la conséquence de la gravité des accusations portées.
Une discussion passionnée ne rend pas un raisonnement faux. La seule question pertinente est de savoir si les arguments avancés sont exacts, cohérents et fondés. Un débat peut être vif tout en restant solidement argumenté, comme il peut être très calme tout en reposant sur des erreurs.
Si les discussions deviennent parfois passionnelles, cela invite chaque interlocuteur à davantage de prudence, de charité et de rigueur. Mais ce constat ne permet en rien de conclure contre Maria Valtorta. La passion des débats est une caractéristique des controverses religieuses depuis les origines du christianisme ; elle ne constitue pas un critère de discernement de l'origine d'une révélation privée.
- contrairement aux quatre Évangiles canoniques, l'œuvre de Maria Valtorta est source de conflits.
Cet argument est sans doute encore plus contestable que les précédents, car il repose sur une idéalisation des Évangiles canoniques.
Cet argument ne résiste pas à l'histoire. Les Évangiles eux-mêmes ont suscité, depuis deux mille ans, d'innombrables controverses, divisions et persécutions. Dès les débuts du christianisme, ils ont provoqué l'opposition des autorités religieuses juives, puis celle de l'Empire romain. Plus tard, ils ont été au cœur des grandes controverses théologiques, des hérésies, des schismes et des débats de la Réforme. Personne n'en conclut pour autant que les Évangiles seraient suspects. La controverse ne discrédite pas la vérité ; elle l'accompagne souvent.
3. Deuxième mauvais fruit : la défiance envers l'Église
C'est un point central.
Il reproche aux défenseurs de Maria Valtorta :
- de relativiser les mises en garde romaines ;
Ce point appelle plusieurs distinctions. L'objection de Gounon n'est convaincante que si l'on admet que les « mises en garde romaines » ont eu la portée qu'il leur prête.
- En réalité, les défenseurs de Maria Valtorta cherchent surtout à les replacer dans leur contexte historique, canonique et doctrinal. Il ne s'agit pas de nier leur existence, mais d'en préciser la véritable portée.
1. Une mise en garde n'est pas une condamnation doctrinale
Les interventions du Saint-Office concernant Maria Valtorta n'ont jamais pris la forme d'une définition doctrinale déclarant l'œuvre contraire à la foi, ni d'un jugement solennel affirmant qu'elle ne pouvait venir de Dieu. Elles expriment une appréciation prudentielle des autorités de l'époque, qu'il convient de distinguer d'un enseignement engageant le magistère de manière définitive.
2. Le contexte historique compte
Les mises en garde doivent être lues dans leur contexte : celui des années 1949-1960, marqué par une grande méfiance envers les révélations privées. Les autorités romaines ont alors privilégié une attitude de prudence. Cela n'autorise pas à ignorer leurs réserves, mais invite à éviter de leur attribuer une portée qu'elles n'ont pas nécessairement.
3. Les textes ultérieurs ne sont pas identiques
Gounon présente souvent les interventions de 1949, de la mise à l'Index en 1959, les lettres des années 1980-1990 et les rappels plus récents comme s'ils formaient un seul et même jugement. Or ces documents n'ont ni le même statut, ni le même contexte, ni la même portée juridique. Les regrouper sans distinction donne l'impression d'une condamnation continue et uniforme, alors que la réalité est plus nuancée.
4. Le discernement de l'Église ne s'arrête pas à une décision administrative
Dans l'histoire de l'Église, certaines œuvres ou révélations privées ont d'abord suscité des réserves avant d'être mieux comprises. Cela montre qu'une attitude prudente consiste à examiner les faits dans leur ensemble, sans absolutiser une décision disciplinaire ancienne.
Pour rappel :
Lettre du pape François, à don Zucchini, directeur de la fondation Maria Valtorta de Viareggio.
Du Vatican, 24 février 2024
"Cher Don Zucchini,
Merci beaucoup pour votre lettre, envoyée au nom de la Fondation Maria Valtorta, que j’ai reçue avec grand plaisir. Merci également pour le livre et pour vos prières.
Je vous encourage à poursuivre avec autant d’engagement votre mission de faire connaître la vie de Maria Valtorta et son œuvre littéraire, en particulier tout ce qu’elle peut offrir pour le bien de l’Église et de la société. En avant !
Je prie volontiers pour vous tous et je vous demande, s’il vous plaît, de me confier au Seigneur dans vos prières, spécialement pour mon ministère pastoral.
Que Jésus vous bénisse et que la Sainte Vierge vous garde.
Fraternellement,
François "
---> La messe est dite. On voit mal dès lors comment ceux qui font la promotion de l'oeuvre pourraient "relativiser les mises en garde romaines".
- de rappeler sans cesse que l'Index a disparu en 1966 sans préciser que les réserves du Saint-Siège demeurent ;
---> "Les réserves du Saint-Siège demeurent" : cela signifie qu'au Saint-Siège, ceux qui aiment passionnément le Christ se cachent pour lire Maria Valtorta. Cela ne veut pas dire que l'ensemble des fidèles doivent faire de même, puisque l'index a disparu - un index qui n'était d'ailleurs que disciplinaire, et non pas dogmatique -.
---> C'est d'autant plus vrai que "des réserves" ne signifie pas "une interdiction de lire adressée aux fidèles".
- d'encourager la lecture malgré les avertissements.
Gounon ne sait plus trop quel vocabulaire utiliser :
- tantôt c'est "index" (mais il a été aboli),
- tantôt c'est "réserve" (mais n'entraînant aucune interdiction de lire),
- tantôt "avertissement" (mais... contre aucune sorte d'erreur théologique dans l'oeuvre : donc très faible, car non justifié).
- 5 papes ( Pie XII, Paul VI, Jean Paul II, Benoît XVI et François ) ont lu et encouragé la diffusion de l'oeuvre : quelle autorité supérieure à la leur pourrait annuler cette sage recommandation ?
Pour lui, cela conduit certains lecteurs à se méfier davantage du Magistère.
Si le Magistère avait expressément défendu aux fidèles la lecture de l'oeuvre de Maria Valtorta, ils auraient alors de quoi se méfier de lui : mais tel n'est pas le cas. Que le Magistère émette encore quelques réserves comme le fit provisoirement en son temps le cardinal Ratzinger avant de devenir le pape Benoît XVI, cela ne change rien à la confiance qu'on peut pleinement lui accorder, puisqu'on sait que les causes avancent lentement dans l'Eglise, et c'est bien normal.
Ce n'est pas du Magistère dont les lecteurs de l'oeuvre se méfient, mais des détracteurs comme Gounon qui n'ont jamais assez de nuire, déploient des trésors de mauvaise foi pour chercher noise à des textes qui n'ont jamais brillé que par leur pure sagesse et innocence, et se croient mandatés par l'Eglise elle-même, qui n'aura que faire de leurs analyses falsifiées.
4. Troisième mauvais fruit : la relativisation des Évangiles
C'est l'accusation la plus grave.
Selon lui :
- l'œuvre finit par devenir "le vrai Évangile" dans l'esprit de certains lecteurs ;
- Mais cet argument se retourne contre Gounon, car il a été incapable de montrer en quoi "l'Evangile tel qu'il m'a été révélé" s'éloignerait des quatre Evangiles, et constituerait donc un autre Evangile pouvant être réputé comme étant "le vrai" en opposition aux autres : en réalité, ce n'en est que le prolongement et la méditation, à l'aide de plus de détails contingents (Jn 21,25), n'apportant rien de nouveau à la Révélation qui est close.
- Il est tellement clair que cette oeuvre ne constitue qu'une révélation privée comme celle d'Anne Catherine Emmerich, et non un 5e Evangile, que le catéchisme de l'Eglise catholique suffit à lever toute ambiguïté ( chap 66-67).
- Dieu n'a jamais donné un Evangile canonique à l'aide d'une vision tardive, et pour être reconnu comme "Evangile canonique", il faut impérativement ce qui manque à l'oeuvre valtortienne : être un témoignage historique, c'est-à-dire être écrit ou transmit oralement par un témoin direct de l'époque du Christ, en plus d'être succinct afin de pouvoir servir à la liturgie.
- les Évangiles canoniques deviennent secondaires ;
Cet argument est contradictoire, et ne supporte pas l'expérience du réel.
En effet, la lecture de l'oeuvre de Maria Valtorta suscite un regain de la pratique religieuse : elle y encourage fortement.
Or, pour tenir les Evangiles canoniques comme secondaires, il faudrait cesser d'aller à la Messe, les Evangiles canoniques y tenant la toute première place avec l'Eucharistie, faisant même l'objet du sermon.
---> Pour donner du poids à sa thèse, Gounon devrait pouvoir citer l'exemple de valtortistes ayant proposé à leur curé de remplacer la lecture des textes canoniques par celle de Maria Valtorta, afin de renverser les rôles. Mais il n'existe aucun témoignage semblable. Sa thèse ne tient pas.
- plusieurs défenseurs utilisent Maria Valtorta pour corriger l'interprétation traditionnelle de certains passages (notamment la femme adultère).
En Gounon, nous avons probablement affaire à la personne moderne ignorant le plus les Evangiles. On peut même avancer que personne autant que lui n'a peut-être été aussi loin dans l'absurdité des remarques visant à créer de faux débats.
---> Il est prêt à attaquer l'oeuvre, parce que selon lui pour qu'elle soit conforme, il aurait fallu que le Christ y donne explicitement son pardon à la femme adultère : or nul part dans l'Evangile de Jean (8, 1-11) cela n'est mentionné.
---> On peut raisonnablement supposer que Gounon doit être bien plus à son aise pour commenter "Le Seigneur des anneaux" de Tolkien que les saintes Ecritures.
- Il cite également des textes où Jésus, dans les Cahiers, affirme que les évangélistes auraient laissé des lacunes ou présenté des versions "squelettiques" de ses paroles.
Les évangélistes - Wiki Maria Valtorta
Gounon n'a probablement jamais lu avec attention Marc 11.
Lisons ce chapitre comme si c'était, non un témoignage squelettique comme dit Jésus à Maria Valtorta, mais au contraire : pleinement descriptif, sans aucune omission ni dans l'action ni dans les paroles, comme suppose Gounon.
1 - Au milieu du jour, Jésus commence par donner ses ordres à ses disciples pour récupérer l'ânon qu'il chevauchera pour entrer dans Jérusalem (v.1-3)
2 - Ce sont là les dernières Paroles du Christ de toute la journée : après son entrée au Temple, Il se contentera de "parcourir du regard toute chose", après quoi, dodo à Bethanie (v.11).
- Le lendemain, réveil toujours sans un mot, départ de Bethanie, et "Il eut faim" (v.12)
- Espoir déçu d'un petit déjeuner en s'approchant d'un figuier, toujours sans un mot (v.13)
- Et là, soudainement, une exclamation (et on suppose que ce n'est pas spécialement une exclamation de joie), qui est la première Parole de Jésus depuis environ 20 heures : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu : quel sursaut pour eux, les pauvres !! Ca faisait des heures et des heures de profond silence, rompu d'une façon quelque peu brutale... L'angoisse !...
- Marche vers Jérusalem sans un mot ni de Jésus, ni des disciples sûrement pétrifiés de crainte, on s'imagine un peu pourquoi...(v.15)
- Et sans mot dire, Jésus se met à chasser violemment les marchants du Temple ! (v.15-16)
- Enfin, la première Parole de Jésus depuis le matin (environ 4h) : une exclamation de courroux contre les vendeurs ! (v.17) Décidément : plutôt irritable on dirait le pauvre Jésus, ces derniers jours... On n'aimerait pas spécialement être à la place de ses disciples à cette heure là.
- On apprend que les prêtres cherchent à le faire mourir car ils ont peur de Lui ( et honnêtement, il y a de quoi : nous aussi, on partage un peu cette peur, finalement...) (v.18)
- Toujours sans un mot, départ de la ville, puis : dodo. (v.19)
- Le lendemain, toujours pas une parole (Jésus a dit 3 phrases en trois jours, avec de très longues pauses), et Pierre voit le figuier desséché ! Ouf, ça va PEUT-ÊTRE être l'occasion de réamorcer un semblant de début de dialogue entre le groupe de disciple et le Maître renfrogné... (v.20)
- "M....M....Maître.... oh maître, re...regarde ! Le.... LE FIGUIER QUE TU AS MAUDIT EST DESSECHE !!" Mais comment Pierre a-t-il eut le courage d'engager ainsi la conversation avec Jésus le terrible, sans craindre d'être peut-être lui-même maudit à son tour, et desséché jusqu'aux racines comme le figuier ??? (v.21)
- Mais non, ouf ! Heureusement, cela semble plutôt bien fonctionner... Jésus semble sortir un peu de son autisme profond, et Il prend ENFIN la Parole calmement : "Amen, je vous le dis : quiconque dira à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, s’il ne doute pas dans son cœur, mais s’il croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé ! " (v.23)
DONC, si on arrête là cette plaisanterie :
- Soit Jésus à Maria Valtorta a raison de lui dire ceci, le 30 septembre 1947 (pages 417 et 418) :
"Deux évangélistes seulement étaient des apôtres. Si on les observe de près, ce sont les évangiles qui me reflètent le mieux ; en effet, si le style de Luc est meilleur; son évangile peut être qualifié d’évangile de ma Mère et de mon enfance — dont il rapporte en long et en large des détails que d’autres ne relatent pas — plutôt que d’évangile de ma vie publique, car il se fait davantage l’écho des autres qu’il n’apporte une lumière neuve comme le fait Jean, le parfait évangéliste de la Lumière, qui est le Christ Homme-Dieu. Les évangélistes rapportent des versions de mes paroles très réduites, jusqu’à en être squelettiques : une allusion plus qu’une version. Cela les prive du style littéraire que je leur avais donné. Le Maître se reconnaît en Matthieu (voir le discours sur la Montagne, les instructions aux apôtres, l’éloge de Jean-Baptiste et le reste de ce chapitre, le premier épisode du chapitre 15 et le signe dans le ciel, le divorce dans le chapitre 19, puis les trois chapitres 22, 23 et 24). Le Maître se retrouve essentiellement dans le lumineux évangile de Jean, l’apôtre plein d’amour, uni par la charité à son Christ Lumière. Comparez ce que cet évangile révèle de la puissance du Christ orateur avec ce qu’en dévoile l’évangile sommaire et ramené à l’essentiel de Marc, exact pour relater les épisodes entendus par Pierre mais réduit au minimum, et vous verrez si, moi qui suis le Verbe, j’employais seulement un style très humble ou si la puissance de la Parole parfaite ne resplendissait pas souvent en moi. Oui, elle brille chez Jean, bien que très réduite à quelques épisodes…"
- Soit, il n'y a alors qu'une seule autre solution : c'est que Jésus tel que Marc Le décrit avec exactitude et minutie serait en réalité un authentique autiste, déprimé et sujet à de brusques accès de colère, faisant peur à tous le monde, pharisiens et disciples.
VOILA ! C'est pas de ma faute, c'est Gounon qui délire, je n'y peux rien. Il faut bien que quelqu'un accepte de réponde à ses inepties...
- Enfin, il rappelle que Maria écrit qu'elle ne lit presque plus la Bible, préférant relire intérieurement ses visions.
---> Mais cet argument se retourne contre Gounon :
Maria Valtorta n'avait jamais été une grande lectrice de la Bible : comme beaucoup de catholiques de son époque, elle en possédait surtout une connaissance acquise par la liturgie et le catéchisme.
Or son œuvre est étonnamment imprégnée de l'Écriture, sans qu'elle les ait connues au préalable. Elle multiplie les références explicites ou implicites à l'ensemble de la Bible, jusque dans des livres rarement cités. Quelles que soient les conclusions que l'on tire sur l'origine de ses visions, cette familiarité avec les textes bibliques demeure un fait difficile à expliquer par une simple culture personnelle.
Enfin, dire qu'elle relisait intérieurement les scènes contemplées ne signifie pas qu'elle méprisait l'Écriture ni qu'elle la remplaçait ; c'est la description d'une expérience mystique telle qu'elle la vivait.
---> L'argument de Gounon ne démontre donc nullement que Maria Valtorta aurait substitué son œuvre aux Évangiles.
Au contraire, tout au long de ses écrits, elle présente ceux-ci comme une illustration destinée à conduire le lecteur vers l'Évangile, non à s'y substituer.
Le point forts du chapitre
Il soulève une vraie question.
L'Église demande effectivement de vérifier :
si une révélation privée conduit davantage au Christ ;
si elle conduit davantage aux sacrements ;
si elle renforce l'amour de l'Église ;
ou au contraire si elle détourne progressivement de la Révélation publique.
Sur ce point, la question mérite réellement d'être posée.
Il est également exact que certains lecteurs exaltés parlent parfois de Maria Valtorta comme si elle était devenue la référence principale.
Les limites de son raisonnement
En revanche, plusieurs arguments sont fragiles.
- Il généralise quelques cas particuliers
- Il suppose que les conversions sont insignifiantes
- Il identifie les excès de certains lecteurs à l'œuvre elle-même
- Son argument sur la division est ambigu
- Il ne tient pas suffisamment compte de la distinction essentielle de l'Église
lorsqu'elle enseigne qu'une révélation privée :
- ne complète jamais le dépôt de la foi ;
- ne remplace jamais l'Évangile ;
- aide seulement certains fidèles à mieux vivre la Révélation publique.
Si certains lecteurs remplacent les Évangiles par Maria Valtorta, cela constitue un abus.
Mais cet abus ne prouve pas nécessairement que l'œuvre elle-même pousse à ce remplacement.
Là où Gounon touche un point réellement sérieux
Il y a toutefois un aspect qu'il ne faut pas écarter trop vite.
Lorsque certains défenseurs affirment :
"Avec Maria Valtorta on comprend enfin ce que les Évangiles voulaient vraiment dire."
ou
"Les Évangiles sont incomplets."
ou
"L'Église s'est trompée pendant vingt siècles."
alors effectivement on franchit une limite.
L'Église n'a jamais permis qu'une révélation privée corrige la Révélation publique.
Sur ce point, Gounon rappelle un principe théologique parfaitement juste.
Appréciation globale
Ce chapitre est parmi les plus intéressants du livre, mais aussi parmi les plus faibles dans son argumentaire.
- Il ouvre une vraie réflexion sur le discernement des fruits, qui est un critère reconnu par l'Église.
- En revanche, sa démonstration souffre d'un manque complet de preuves : il tend à extrapoler à partir de certains comportements de lecteurs ou de promoteurs pour en faire une caractéristique générale de l'œuvre.
Autrement dit, il met le doigt sur une question légitime — une révélation privée ne doit jamais éclipser les Évangiles ni affaiblir la communion avec l'Église — mais il ne démontre pas de manière convaincante que ce serait le cas pour l'ensemble des lecteurs de Maria Valtorta.
C'est donc un chapitre qui soulève des interrogations sérieuses, mais dont plusieurs conclusions dépassent ce que les éléments présentés permettent d'établir.
Après ce constat d'échec de Gounon, impuissant à attaquer l'oeuvre davantage qu'en surface et sans argument fondé, nous allons maintenant passer au dernier chapitre, qui sans surprise est du même acabit.