Conclusion corrigée de l'article : "Aspects psychologiques des personnages de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta", de don Guillaume Chevallier
"Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez." ( Matthieu 7,15 )

L’œuvre de Maria Valtorta nous met en présence d’une forme particulière de fécondité spirituelle, à deux niveaux.
- D’abord, dans le domaine proprement religieux. Prenant toutes les précautions littéraires pour distinguer l'expérience de l'auteur et la Révélation publique, le texte atteste d’un processus intérieur vécu comme d’origine divine, qui ne prétend jamais se substituer à l’Évangile authentique mais cherche au contraire à le servir, l’illustrer et le rendre plus accessible. Il ne s’agit pas d’une concurrence à la Révélation, mais d’une méditation imaginative et spirituelle inscrite dans la tradition des révélations privées, proposées à la libre appréciation des lecteurs.
- Ensuite, dans le domaine spirituel et psychologique. Le personnage de Jésus propose une pédagogie patiente, et tisse avec les personnages du récit — et, à travers eux, avec le lecteur — des relations qui peuvent être profondément éducatives, structurantes et consolantes. Outre le fait que les informations historiques, géographiques, archéologiques fournies par Valtorta aient été démontrées rigoureusement exactes - ce qui est un miracle absolu fermant la bouche aux accusateurs - la formation spirituelle qu’elle cherche à offrir aux âmes est pleinement valide : celle-ci peut être, selon la disposition intérieure des lecteurs, soit simplement narrative, soit authentiquement nourrissante, en les aidant à contempler plus concrètement l’humanité et la pédagogie du Christ.
Si on demandait à un spécialiste d'analyser de manière neutre les sources possibles de la création du « personnage littéraire de Jésus », il en concluerait que celui-ci apparaît dans l'EMV non comme une fiction qui voudrait s’imposer comme réalité divine, mais comme une figuration spirituelle visant à rendre sensible la présence du Christ évangélique. Ce Maître, qui enseigne par sa parole, qui éclaire les situations, autorise et défend selon une cohérence morale lisible, accompagne les êtres et les conduit vers une plus grande liberté intérieure, présente des traits qui, rencontrés dans la vie spirituelle ou chez un véritable maître, seraient justement reconnus comme légitimes et bénéfiques.
De quelles aspirations affectives, de quel désir de sainteté ce spécialiste dirait-il que « ce Jésus » - qui est le seul véritable - est-il le reflet ? Il pourrait certainement affirmer qu’il exprime une quête de pureté et d’amour intégral transposée en langage religieux, trouvant ainsi une justification non pas égocentrique, mais théologique. Un indice en est peut-être cette définition de Dieu que l’on trouve dans l’Œuvre : « Dieu est l’amour devenu Dieu » (II, 54, 293). L’expression ne suggère pas une divinisation d’un amour humain préexistant, mais une affirmation mystique : Dieu est l’Amour dans sa plénitude absolue, et tout amour authentique trouve en lui son origine et son accomplissement. Il est alors légitime d’y lire non une idolâtrie de l’affect, mais une tentative de dire, avec un langage imagé, la primauté ontologique et spirituelle de l’Amour divin.
Qu’une dernière citation du « Jésus » de Valtorta nous permette d’entendre encore une fois la voix de ce personnage profondément cohérent, en qui résonne avec force l’autorité spirituelle et la compassion de l’auteur :
« Comme je prévois les observations de trop nombreux Thomas et de trop nombreux scribes de maintenant sur une phrase de cette dictée. (…) – Oh ! comme les négateurs du surnaturel, les rationalistes de la perfection au contraire, seraient heureux de pouvoir trouver une fissure dans le magnifique ensemble de cette œuvre de la bonté divine et de ton sacrifice, petit Jean. Ils pourraient, en faisant levier dans cette fissure avec le pic de leur rationalisme meurtrier, faire tout écrouler ! – aussi, pour les prévenir, je dis et explique. (…) Au lieu de se mettre à genoux pour bénir Dieu, qui nous a donné cette connaissance, unique chose à faire, la plupart prendront des livres et des bouquins, compulseront, mesureront, regarderont à contre-jour, espérant, espérant, espérant. Quoi ? Mais de trouver des contradictions avec d’autres travaux semblables et démolir, démolir, démolir. Au nom de la science (humaine), de la raison (humaine), de la critique (humaine), de l’orgueil trois fois humain. Combien il est démoli par l’homme d’œuvres saintes pour construire, avec les décombres, des édifices qui ne sont pas saints ! Vous avez enlevé l’or pur, pauvres hommes. Le simple et précieux or de la Sagesse. Et vous avez mis du stuc et du plâtre teint maladroitement de poussière dorée que le choc de la vie, des personnes, des intempéries humaines, délave tout de suite, en laissant une marque de lèpre qui bientôt se pulvérise, réduisant à rien votre savoir. Oh ! pauvres Thomas qui ne croyez que ce que vous comprenez et que vous éprouvez, vous, en vous ! Mais bénissez Dieu et cherchez à monter puisque je vous donne la main ! J’ai voulu l’humiliation des apôtres pour qu’ils fussent capables d’être des « pères des âmes ». Je vous en prie, et je parle en particulier à vous, mes prêtres. Acceptez l’humiliation d’être placés après un laïc pour devenir « pères des âmes ». Cette œuvre est pour tous. Mais comme il est particulièrement dédié à vous cet Évangile dans lequel le Maître prend par la main ses prêtres et les conduit avec lui parmi les rangs des élèves pour qu’eux, les prêtres, deviennent des maîtres capables de guider les élèves, dans lequel le Médecin vous conduit parmi les malades, car tout homme a sa maladie spirituelle et vous en montre les symptômes et les soins à donner ! Allons donc. Venez et regardez. Venez et mangez. Venez et buvez. Et ne refusez pas. Et ne haïssez pas le petit Jean. Les bons, parmi vous, tireront de cette œuvre une joie sainte ; les savants honnêtes une lumière ; les distraits qui ne sont pas mauvais un plaisir ; les mauvais un moyen pour épancher leur science mauvaise. Mais le petit Jean a eu seulement douleur et fatigue à cause desquelles, maintenant à la fin de l’œuvre, il est comme une créature languissant par la maladie. (…) Car beaucoup voudraient voir ce que tu vois, mais ce n’est qu’aux préférés qu’il est accordé de connaître avant le temps le Seigneur éternel et ses journées dans le monde. » (X, 14, 78-80)
Cette entreprise de transmission spirituelle, par voie littéraire, se poursuit depuis le milieu du siècle dernier et continue de porter des fruits visibles. Le jugement d’un certain nombre de lecteurs, loin d’être suspendu, est au contraire éveillé et stimulé, leur permettant de mieux discerner la présence du Christ et les exigences de l’Évangile. Les propositions spirituelles de Maria Valtorta sont de nature à éclairer les voies de la vie intérieure et à affiner le discernement des fidèles, les rendant plus attentifs aux véritables abus spirituels.
Il importe pour cette raison que le jugement de l’Église sur L’Évangile tel qu’il m’a été révélé soit connu et compris dans toute sa complexité et son évolution historique. Seule l’autorité de l’Église peut se prononcer sur ce qui se présente comme une révélation privée, distincte et subordonnée aux textes révélés ; or, loin de s’opposer à cette autorité, Maria Valtorta a laissé dans son œuvre de nombreux éléments invitant à ne pas confondre son expérience mystique avec la Révélation publique. Cette autorité, parfois interprétée de manière partielle ou datée, est aujourd’hui relue avec davantage de nuance par ses éditeurs et ses défenseurs, non pour la contester, mais pour en préciser la portée réelle.
Il revient aux pasteurs de l’Église d’expliquer ces choses, non pour dissuader les fidèles de telles lectures, mais pour les aider à les situer correctement dans la hiérarchie des sources spirituelles.
Il convient également de s’interroger : à quels besoins légitimes la prédication ordinaire ou la formation chrétienne cherchent-elles à répondre ? Quel sentimentalisme parviennent-elles à évangéliser ? Le peuple de Dieu a besoin d’une représentation vivante et concrète de la vie du Seigneur dans son contexte géographique et culturel, qui fasse place au quotidien et à la vérité de cette vie humaine d’un Dieu incarné, silencieux pendant trente ans. Il a besoin d’un enseignement accessible sur les fins dernières, sur les voies de la vie spirituelle, sur la place et la purification de l’affectivité dans la relation à Dieu et dans les relations humaines. Il a besoin d’un enseignement sur le Verbe fait chair et sur la Trinité, qui le conduise à comprendre ce qui peut l’être et à adorer. Or c’est précisément à ces besoins que l’œuvre de Maria Valtorta tente de répondre, en offrant une médiation imagée et concrète, sans prétendre remplacer la catéchèse ni la théologie.
Les lecteurs et admirateurs de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé seront à très juste titre peinés par les critiques injustifiables comme celles de don Guillaume Chevallier, mais, s’ils les reçoivent avec discernement, ils pourront en tirer un plus grand approfondissement encore de leur réception du message confié à Maria Valtorta, selon le juste Dessein de Dieu. En reconnaissant la valeur du Magistère et en situant l'œuvre de Maria Valtorta comme une aide spirituelle et non comme une norme doctrinale obligatoire, ils éviteront toute opposition artificielle entre l’institution ecclésiale et une expérience mystique personnelle. L’imaginaire suscité en eux par cette lecture ne se substituera pas au texte évangélique proclamé dans la liturgie, mais demeurera un appui secondaire pour mieux en goûter la vérité.
Grâce à cette aide providentielle, ils pourront trouver ou approfondir un sens plus concret de l’incarnation du Verbe et des réflexes plus mûrs de discernement. En buvant aux sources de l’Écriture et de la Tradition, et à celles des grandes figures spirituelles qui ont prêché le Christ vrai homme et vrai Dieu — pensons à Bernard de Clairvaux, à Catherine de Sienne — ils pourront enraciner leur spiritualité eucharistique et mariale dans des fondements solides, tout en reconnaissant dans l’œuvre de Maria Valtorta une illustration sensible et narrative de ces mêmes vérités.